Passage de la frontière géorgienne
Plus tard, je voudrais être Géorgien
Scène de vie dans le Bazar de Kutaïsi (vidéo)
1 minute à l’Université de Tbilissi (vidéo)
Le sourire géorgien
Fêter la Nouvelle Année, tout un programme !
Le soir du réveillon, les Géorgiens dansent dans la rue (vidéo)
Staline, héro national : retour dans sa ville natale
Passage de la frontière géorgienne
De Trabzon à Kutaisi, le 20 décembre
Le passage de la frontière turco-géorgienne s’est passé comme prévu ; enfin presque comme prévu, à un détail près : la pluie.
Il a plu toute la journée, d’une de ces pluies fines qui donnent l’impression qu’il ne pleut pas alors que, doucement, elles vous trempent jusqu’à l’os. C’est sous cette pluie, entre Sarp et Sharpi, face au panneau marquant l’entrée en terre géorgienne, que nous avons pris conscience de la difficulté de la langue. Dotée d’un alphabet unique, comportant très peu de mots russes, anglais ou français, le Géorgien demeure un mystère pour les linguistes. A nos yeux, c’est simplement une belle langue incompréhensible et une jolie écriture où les « b » sont les mêmes qu’en russe et où les « i » sont des C à l’envers.
C’est sous cette même pluie fine, que nous arrivons chez Giorgi qui tient une pension sur les hauteurs de Kutaisi. Sur la route, nous avons compris que nous avions changé de monde : les minarets sont remplacés par de grandes croix décorées de guirlandes lumineuses alors que les mercedes et les BMW doublent, dans la boue, les ladas et les volgas.
Giorgi, avec ce regard rassurant et accueillant propre à chaque géorgien rencontré aujourd’hui, nous apprend que nos montres retardent de deux heures. En effet, il y a deux heures de décalage entre la Turquie et la Géorgie. Cette journée passée sur les routes nous a mis hors du temps.
Texte : EM
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Plus tard, je voudrais être Géorgien
Kutaisi, le 21 décembre
Nous sortons d’un bazar où nos yeux se sont arrêtés sur des tas d’épices, de légumes, des étales remplies de piles et de stylos. Partout ces mêmes visages vieillis, fatigués mais accueillants. Tous nous regardent avec bonté et étonnement. Que font deux jeunes français en plein mois de décembre en Géorgie ?
Le ciel s’est couvert et des gouttes rebondissent sur nos manteaux. Nous cherchons un bar où boire un café, quelque chose de chaud.
Deux petites tables basses et des chaises d’écoliers, peu de lumière. Un café banal. Nous tapons nos pieds sur le paillasson en papier journal. Avec mon géorgien naissant, je demande deux cafés. Tout d’abord, le propriétaire des lieux, un homme fort, rondouillard d’une cinquantaine d’année, nous fait non de la tête « niet kaffe ». Puis il nous fait signe de nous asseoir et nous demande en russe d’où nous venons. En entendant "France", il sourit et s’adresse à sa femme. Elle sort et revient quelques instants plus tard avec deux petits paquets. Pendant que l’eau chauffe, elle découpe quatre morceaux d’un gâteau roulé. Le deuxième paquet contient du café qu’elle nous prépare alaturca.
Il est sorti de derrière son bar pour déposer une assiette avec quatre parts du fameux gâteau à la confiture et à la crème et les deux cafés qu’il n’avait pas. Alors que nous le remercions dans sa langue, il nous dit "Gosti" en russe. Puis il sort de sa poche son argent et nous dit avec un grand sourire qu’il nous offre tout cela. Quelle tradition de l’accueil ! Simplement, parce que nous avons poussé la porte de sa maison, il nous reçoit et nous invite.
Plus tard, je voudrais être Géorgien.
Texte : P#
Photo : EM
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Scène de vie dans le Bazar de Kutaïsi (vidéo)
Kutaïsi, le 24 décembre
Le Bazar de Kutaïsi est le centre animé de la ville. Entouré de petites boutiques, on y trouve de tout, de la bassine chinoise aux gousses d’ail épluchées, en passant par des chaussettes de laines ou encore des guirlandes de Noël. Dans l’une de ces boutiques, alors qu’Evangeline achète crayon et carnet, je pose mon appareil.
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Vidéo : P#
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1 minute à l’Université de Tbilissi (vidéo)
Tbilissi, le 29 décembre
Sur la façade de l’Université d’Etat, le drapeau géorgien fait face au drapeau européen. En cette veille de vacances et en cette période d’examen, les jeunes viennent prendre connaissance de leur classement. Dans le hall, à leurs côtés, je pose mon appareil.
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Vidéo : P#
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Le sourire géorgien
Tbilissi, le 30 décembre
Sur les visages croisés dans la rue, rares sont les sourires. Vous riez en public et on vous dévisage. Les Géorgiens, à première vue, donnent l’impression d’être un peuple triste. Si vous vous arrêtez à cette sensation, vous n’avez rien compris à ce petit pays. S’il existe bien un pays où l’on aime boire, danser et chanter, c’est la Géorgie. Et les épreuves traversées n’ont enlevé aucune joie de vivre aux Géorgiens. Au contraire, les difficultés rencontrées ont raffermi leur faculté à faire la fête. Ne nous a-t-on pas récemment dit : « Pourquoi aurait-on dû se plaindre dans les années noires. On sortait de la guerre civile, on avait froid, faim et alors ? On était ensemble. La Géorgie c’est ça, pourquoi pleurer quand on peut rire ? La vie est belle, très belle, n’est-ce pas ? »
Texte et photo : EM
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Fêter la Nouvelle Année, tout un programme !
Tbilissi, le 31 décembre et le 2 janvier
C’est entre les places Respublikis et Tavisuplebis, mêlés à la foule, que nous sommes passés d’une année à l’autre. Au beau milieu de l’avenue Rustaveli fermée aux voitures, une estrade a été installée au pied du Parlement géorgien, encore surmonté de son étoile communiste et frappé d’une faucille et d’un marteau. La nouvelle place ainsi crée, accueillant tantôt de jeunes groupes de rock, tantôt des chanteurs traditionnels, était, pour une soirée, le centre de la ville.
Il n’est que 18h, mais la fête est déjà bien commencée.
Le soir du 31 décembre est une soirée particulièrement joyeuse en Géorgie. C’est la fin d’une année, mais c’est avant tout le début de quatre jours de fêtes et de repas alcoolisés en l’honneur de la nouvelle année à venir. Autrefois, et encore dans quelques familles traditionnelles, les cadeaux étaient offerts le soir du nouvel an et non le jour de Noël, fête essentiellement religieuse et spirituelle.
Au milieu de cette large avenue froide et soviétique, des géorgiens de tout âge dansent, boivent et chantent. Et comme si de rien n’était, des pétards explosent et des feux d’artifices sont tirés. Sans peur, certains jeunes, le bras haut levé, laissent s’envoler des étincelles bleues, rouges, vertes ou jaunes, à partir de feux d’artifices bons marchés vendus dans la rue.
Alors que la célébration orthodoxe n’est pas encore terminée dans l’église Kashveti située en face du Parlement, les fidèles y sortent et y entrent comme dans un moulin. Entre deux pas de danses et une cigarette, ils poussent la lourde porte de l’église, allument des cierges, embrassent les icônes, prient et se font bénir. Dehors, des jeunes adolescents, déguisés de bric et de broc sous leurs lourds manteaux d’hiver, esquissent une danse et rigolent. Une farandole se forme, avance et se déroule à travers la chaussée. Le froid est perçant, nous glacent les doigts, mais personne, à part nous, ne semble le ressentir. Tout autour, sans cesse, les gens applaudissent et des centaines de pétards explosent. L’occupation principale de la foule présente consiste en effet à allumer des pétards et à les lancer, si possible sous les pieds des passant. Plus ça surprend, plus ça fait peur et plus c’est drôle. Personne ne se braque ou s’énerve, au contraire tout le monde rigole. Toutes les tranches générationnelles participent à ce jeu, des adultes aux jeunes enfants d’à peine 8 ans, en passant par les adolescents, les personnes âgées, ou encore les pères de famille. Même une dizaine de policiers se lancent des mammouths tout en surveillant la fête.
Il en sera de même jusqu’à plus de 4 heures du matin. Toute la soirée passera ainsi, dans tous les quartiers de la ville. Toute la nuit sera ponctuée de pétards effrayants et bruyants, affolant les chiens et déclanchant les sirènes des voitures.
.../...
En cette période de fêtes et de jours fériés, alors que les rues sont vides et les bazars quasiment abandonnés, la seule chose à faire, c’est de s’asseoir, de manger et de trinquer. C’est sans trop d’hésitation que l’on a accepté, au lendemain de la nouvelle année, l’invitation à partager la table festive d’une famille géorgienne à Gori.
A peine entrés que Mary, la maîtresse de cette belle maison située au pied de la forteresse, insiste pour qu’on enlève sacs et manteaux. Sans le temps de regarder la décoration du salon ou les visages des gens autour de la table que nous sommes assis, presque de force. Face à nous, une table où des plats riches et variés s’empilent sur plusieurs étages. Les visages rigolent et les yeux
pétillent. Nos amis ont dû commencer à boire il y a longtemps. Entre poulets grillés, nougat aux cacahuètes et gâteaux à la crème, nous nous rappelons qu’il est d’usage de faire la fête pendant quatre jours en l’honneur de la nouvelle année. Nous comprenons aussi qu’avoir des étrangers à sa table est une bénédiction pour toute l’année à venir. Mary et son mari, ses amis et les
quelques enfants autour de la table nous dévisagent une seconde avant de se rappeler qu’ils n’ont plus rien à boire. D’une carafe débordante, l’homme en bout de table remplit les verres à eau sculptés de leur fameux champagne national et porte un premier toast. Rapidement, ce vin blanc pétillant et assez infâme bu à grosses gorgées nous rapproche.
La musique jaillit d’une chaîne importée, posée sur une étagère derrière la table. Mary et son amie dansent quelques minutes. Leurs petites filles les admirent, ravies. On devine, par la porte entr’ouverte, les rires des garçonnets de la maison après chaque détonation de pétard. On s’entend répéter encore et toujours, paect, mangez. Les mets traditionnels nous envahissent : le kuchmachi immangeable, du canard laqué au gras, du shkmeruli, de la salade russe ou encore des blinis fourrés à la viande et au riz. L’appétit nous manque mais nous essayons, comme il se doit, de goûter un peu de chaque plat. On nous demande, comme d’habitude d’où l’on vient. Si l’on est marié et si l’on a des enfants. Et si l’on aime la Géorgie. Les questions s’arrêtent là. Le reste n’a aucune importance. La profession, la religion et le reste, on s’en fiche. Tout cela n’a aucune valeur. L’essentiel, c’est la famille et l’origine.
Pendant plus d’une heure, nous trinquons à l’amitié franco-géorgienne avec des verres remplis de champagne. En français, espagnol, anglais ou russe, grâce à de joyeux et forts I love you France et I love you Georgia, ces deux pays deviennent les meilleurs amis du monde. L’alcool coule, les assiettes débordent et les yeux brillent.
Sorti de nulle part, un jeune homme d’à peine 30 ans, ami de la joyeuse troupe, nous propose de nous ramener à la gare. Dans sa belle BMW avec écran vidéo et GPS, on apprend, le plus simplement du monde, qu’il est champion du monde de lutte freestyle. Arrivés à la gare, le jeune sportif descend et nous demande de l’attendre. Il revient et nous tend deux tickets de bus pour la capitale ainsi que son numéro de téléphone portable. Sans question, il nous souhaite bonne route.
La tête nous tourne un peu. Les doigts à nouveau endoloris, on attend, en fumant une cigarette que le bus démarre. Les visages de nos amis nous reviennent, et leur joie de vivre nous envahit à nouveau. Voilà la vraie Géorgie : on fête la vie, la porte ouverte aux voisins et aux étrangers pour oublier le froid et tout le reste. Et tout ceci avec une grande délicatesse et une grande discrétion.
Texte et photos : EM
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Le soir du réveillon, les Géorgiens dansent dans la rue (vidéo)
Tbilissi, le 31 décembre
Il est à peine 20h et déjà la fête bat son plein. Sur l’avenue Rustaveli, au pied du parlement, la plus grande partie de la foule s’est réunie autour de l’estrade mise en place par la municipalité et USAID. Quelques adolescents, déguisés de fripes, esquissent une danse. Alors que des milliers de pétards explosent, je pose mon appareil.
Cliquez ici pour visualiser la vidéo.
Vidéo : P#
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Staline, héro national : retour dans sa ville natale
Gori, le 2 janvier
A 40 km de Tbilissi, Gori avec ses 70.000 habitants, est une ville immense et froide sans grand intérêt à un détail près : c’est ici qu’est né et qu’a grandi Joseph Dzhugashvili, appelé plus tard Staline. En cette période de vacances, entre le Nouvel An et le Noël orthodoxe, l’endroit est quasiment vide. Le vent glacé de janvier s’engouffre dans les larges avenues. Cependant, Gori possède un certain charme. Peut-être grâce à la chaleur géorgienne. Peut-être aussi grâce à Staline, présenté dans sa ville natale comme un être bon et simple. Etrangement, alors qu’on rejette l’URSS et le régime soviétique ici, on glorifie Staline son fondateur.
Ballade dans un Gori froid et intriguant où celui qui était complexé par ses origines est devenu héro national...
Vue sur la Place Staline, depuis l’artère principale.
Du haut de son piédestal, le Petit Père du Peuple observe sa ville natale ; à Gori comme ailleurs, « Staline est décontextualisé, décommunisé et représente un symbole atemporel. »
Place Staline.
Dos à la mairie, la statue de Staline domine la route reliant Tbilissi à Kutaïsi. Ironie du sort, alors que Staline était complexé par son accent caucasien, les géorgiens revendiquent sa nationalité. L’homme est devenu un héro national dont on est fier. « Les géorgiens ont préféré la grandeur du personnage historique à la réalité de son engagement en faveur de la nation géorgienne ».
Avenue Staline.
Dans l’artère principale, on trouve : la mairie, l’hôtel officiel Intourist en restauration, le monument aux morts de la seconde guerre mondiale et le Musée Staline. Paradoxalement, la plupart des statues du grand homme et des rues portant son nom ont été mises en place après l’indépendance du pays en 1991.
Musée et masque mortuaire de Staline.
Staline, héro national ? C’est en tout cas ce que tend à montrer le Musée. Du masque mortuaire placé dans une reproduction de mausolée solennel avec lumière tamisée, à la maison où l’homme a grandi recouverte et protégée par un temple de pierre, tout présente Joseph Dzhugashvili comme une icône.
Derrière la Gare, vestige d’une autre époque.
Aux abords du Bazar, dans Kristeporek Kasteli.
Cependant depuis la Révolution des Roses (nov. 2003), le vent semble tourner. Aujourd’hui, les jeunes ne parlent plus russe mais anglais. Quant à la jeune classe politique montante, elle est « moins sensible aux charmes discrets du Stalinisme. »
Textes et photos :
EM et P# _ Citations tirées de Staline et le sentiment national géorgien, Un paradoxe de l’histoire par Tornike Gorgadze, in Caucase International (journal anglophone et francophone du Caucase, publié à Tbilissi).
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