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Carnet de route - Arménie



-  
Sur la route entre Tbilissi et Erevan
-  Erevan serait-il New York ?
-  Dîner chez Hrant, ou comment découvrir l’âme arménienne
-  1 minute à la Patinoire de l’Opéra (vidéo)
-  Un long week-end à Tsaghkadzor
-  Khash, le petit déjeuner d’hiver
-  Glissades à minuit par moins 10 degrés (vidéo)
-  1 minute au Théâtre des marionnettes d’Armen Elbakian (vidéo)
-  Vanadzor - Sanahin - Haghpat



Sur la route entre Tbilissi et Erevan

Erevan, le 10 janvier


Plus de huit heures de minibus pour rejoindre Erevan depuis Tbilissi, tel a été le calvaire enduré par Patricio, depuis un siège isolé entre un Polonais et une vieille Babouchka impotente, et par moi, coincée entre la vitre gelée et une grosse femme d’une cinquantaine d’années en manteau de fourrure. Plongée dans ses mots fléchés pendant la moitié du trajet, après m’avoir nourrie de pain et de poulet froid graisseux, cette voisine des plus agréables me demandera de l’aide quant à une définition : « Ecrivain français ayant pour prénom Emile en quatre lettres ».
Nous traversons les plaines du Petit Caucase et rares sont les voitures que nous croisons. Autour de nous, à perte de vue : de la neige toujours et encore. Des arbres recouverts d’un voile blanc rattrapent les coteaux des montagnes et régulièrement des ruisseaux courent dans les vallées. Calme, le paysage est d’une pureté étonnante par rapport à la pollution et à la tristesse de certaines villes traversées.
Patricio a essayé en vain de dormir, alors que je m’évadais des heures durant grâce à Dostoïevsky et ses Frères Karamazov...



Texte : EM
Photo : P#



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Erevan serait-il New York ?

Erevan, le 10 janvier


Sans raison particulière, notre arrivée à Erevan nous a ravis. Rapidement, nous avons trouvé un logement chez Gayane, qui, comme tant de gens ici, laisse le gaz allumé 24h/24 dans la cuisine même si rien ne cuit. Nous partageons en réalité son appartement de deux pièces ; l’eau y est chaude et la cuisine propre. Notre chambre est assez grande pour contenir une table instable, deux chaises, un grand lit et un réfrigérateur. Une fenêtre abîmée, couverte de trois rideaux pour couper les courants d’air que l’on écarte souvent pour récupérer de la lumière, donne sur l’Opéra et son parc.

Changer de pays, changer de capitale, apprendre une nouvelle histoire, découvrir d’autres traditions, se réapprivoiser... alors qu’hier tout ceci nous paraissait insurmontable, ce soir, c’est euphorique que l’on se jette dans l’arène. Dans un petit bar du nom de Texas trouvé par hasard dans notre quartier, nous avons passé une première soirée arménienne surréaliste et merveilleuse.
Un peu gais grâce à la bière et à la vodka qui coulent toujours trop vite dans ces pays, nous avons l’impression d’avoir passé la soirée à New York. Les clients, assis aux tables de bois de ce petit bar d’Erevan, et les quelques jeunes dansant au bord du comptoir sur de la musique étrangère ressemblent étrangement à la population multinationale et sans complexe des bars new-yorkais. Autour de nous, la joie de vivre nous renvoie quelques mois en arrière à Brooklyn, les soirs d’été, où l’on boit avec des inconnus des Frozen Margharitas et des bières face à des musiciens déjantés. Entre des personnages tirés d’un bon film d’auteur, la soirée passe trop vite : le regard doux, un jeune arménien raconte le génocide et sa guerre du Karabakh ; un libano arménien explique le mysticisme et la notion d’autonomie en Arménie en croquant des frites ; une douce femme, brune, parle de ses deux filles alors que son mari, barman de cette maison de fous, casse des bouteilles derrière le comptoir ; un russe de 25 ans, vissé sur son tabouret de bar, parle de sa guerre de Tchétchénie en jouant tel un cow-boy avec un pistolet-briquet...
Touchés par ce pays bouleversant et si délicat, nous sommes rentrés tard, blottis dans nos manteaux pour ne pas sentir le froid perçant de la nuit.



Texte et photo : EM



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Dîner chez Hrant, ou comment découvrir l’âme arménienne

Erevan, le 12 janvier


Nous avions rendez-vous avec Hrant, un ami d’une amie française, en bas de chez nous. Il ressemblait exactement à ce qu’on s’était imaginé : un homme carré, fin et délicat. Le sourcil foncé et le nez bien dessiné, Hrant a le visage arménien décrit dans les livres. Après avoir quitté le centre en minibus, nous arrivons dans son quartier au nord de la ville. Notre ami, étudiant en DEA d’économie internationale à l’Université d’Etat, vit seul avec sa mère dans un petit deux pièces. A notre arrivée, Rosa sa maman, disparaît dans la cuisine finir de préparer le dîner. A l’odeur et aux nombreux mets qu’elle apporte régulièrement sur la table du salon, on devine qu’un festin nous attend. Après quelques minutes de patience, nous quittons le canapé pour rejoindre les chaises installées près de la télévision. Face à nous une table débordante : cognac, vin, vodka, soupe, pain, légumes au vinaigre, viande, fromage, katliety... le moindre centimètre de la table est occupé par une assiette, un verre ou une coupelle.
Le dîner commence et la conversation débutée plus tôt se poursuit. Nous passons d’un sujet à l’autre au même rythme que nos assiettes se remplissent de différents plats. Rosa nous raconte ses souvenirs de l’ancienne URSS et son fils traduit. La soupe de pois chiches est finie et on apprend les négociations actuelles entre les Azéris et les Arméniens sur le Nagorno-Karabakh, cette guerre sans fin ignorée en Europe. On goûte au vin et Hrant nous parle du système scolaire, le jus d’un fruit sec inconnu coule dans nos verres et sa mère nous explique la fabrication des conserves de tomates au vinaigre. On croque dans des poires séchées remplies de sucre et de noix alors qu’un atlas de l’ancienne URSS envahit la table basse. Nous posons toutes les questions tues et passons pour des ignorants ; Hrant et sa mère, patiemment et simplement, nous répondent, nous expliquent, nous traduisent, nous dévoilent toutes les facettes de l’histoire et de la culture arméniennes.
Dès que notre verre est vide, Hrant nous le remplit, et l’on trinque avec son bon vin local ; « c’est mon devoir de remplir ton verre, à toi de te débrouiller pour le vider » . Après le dîner, autour de la table basse garnie d’oranges, de pommes, de poires, de clémentines, de fruits secs, de gâteaux orientaux et d’autres sucreries diverses et variées, Hrant sort un doudouk. Entre la flûte et le hautbois, cet instrument traditionnel, taillé dans de l’abricotier, dégage un son triste. Musicien amateur, notre jeune ami préfère la convivialité de la guitare. Du Pénitencier à Carmen, en passant par les Gipsy Kings, La Bamba et bien sûr Charles Aznavour ; on chante, tous les 4, comme si personne ne nous écoutait. Encouragé par sa mère, Hrant nous interprète des chants arméniens, « pas nationaux, mais arméniens » précise-t-il. Rosa admire son fils d’un regard mélancolique émouvant ; une complicité touchante existe entre ce fils et cette mère qui partagent la même chambre. L’arménien est une langue mélodieuse ; chaque chant parle d’amour regretté ou de bonheur perdu. Dans chaque accord, on perçoit l’émotion d’un peuple fier. Chaque refrain fredonné contient toute la nostalgie de ce peuple disséminé. Entre deux chansons, Rosa nous raconte les invasions de son pays, depuis la Grande Arménie des premiers siècles au petit Etat indépendant en 1991. Un pays entouré aujourd’hui de territoires musulmans et d’adversaires turcs et azéris.

Je fume une cigarette avec sa mère tandis qu’Hrant et Patricio continuent à faire le tour de la culture arménienne. Il y a tellement de subtilités et de détails pour comprendre ce peuple si indépendant. Un alphabet entre les mains, les trois nouvelles lettres ajoutées à la fin, nous essayons de faire la différente entre le R roulé, le R mouillé, les sons rhe et r. La nuit arrive. On oublie la langue, que ce soit le russe, l’anglais, l’arménien ou le français. Le vin coule encore et naturellement, nos visages, nos yeux et nos mains en disent plus que nos mots.

Nous avons du mal à rentrer chez nous. Comment avoir envie de partir lorsque que l’on boit et que l’on chante entre frères ? Pourtant il le faut... il se fait tard. Avant de partir, Rosa nous invite à partager le rach, petit déjeuner traditionnel et hivernal. C’est un grand honneur d’être invité ; on ne mange du rash qu’une fois par an. Emus, pour une fois nous ne partons pas en disant « au revoir » mais en disant « à dimanche ». Sans s’en apercevoir, en quelques heures, nous avons pénétré au cœur de la culture arménienne. En nous ouvrant son appartement et en nous invitant à dîner, Hrant nous a ouvert l’âme de son pays. Nous avons appris tellement de choses ce soir ! Avec une finesse et une hospitalité exceptionnelles, Hrant et sa mère nous ont mis dans le rythme de l’Arménie... à nous de suivre la danse !



Texte et Photo : EM



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1 minute à la Patinoire de l’Opéra (vidéo)

Erevan, le 13 janvier



Des trois capitales du Caucase, Erevan est réputée pour sa vie nocturne. Opéras, théâtres, concerts, night-clubs, cafés, cette ville séduit par son effervescence culturelle.
Sur Freedom Square, au pied de l’Opéra National d’Arménie, la patinoire d’Erevan ouvre sa piste jusqu’à minuit. Sur un banc entre les mamans qui admirent leurs enfants tourner et les jeunes qui draguent, je pose mon appareil.


Cliquez ici pour visualiser la vidéo.

Vidéo : P#



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Un long week-end à Tsaghkadzor

Tsaghkadzor, le 18 janvier



On dit que l’Arménie a la forme d’une femme, le visage tourné vers l’Ouest : la région de Shirak est son large front, celle de Lori le début de sa chevelure, le sud-ouest du pays marque le menton et la bouche de la femme. Le Lac Sevan quant à lui dessine la boucle d’oreille de la créature dotée d’un long cou qui descend jusqu’en Iran.
C’est donc dans l’oreille de l’Arménie que nous venons de passer trois jours.

Emma, une amie d’amie que nous avions déjà croisée à Erevan nous invitait chez elle à Tsaghkadzor, à une soixantaine de kilomètres de la capitale. A 2300 m d’altitude, c’était ici que s’entraînait l’équipe olympique de l’URSS. Aujourd’hui c’est l’unique station de ski d’Arménie.

Emma est une jeune fille de 24 ans sans complexe et sans tabou, à l’image du peuple arménien. Grâce à des études de langues, Emma travaille dans le tourisme. Régulièrement elle aide ses parents à recevoir étrangers et Arméniens au Viardo, un ensemble de quarante cottages qu’ils possèdent à Tsaghkadzor. Durant les trois jours que nous avons passé en sa compagnie, Emma ne s’est pas lassée de nous raconter son pays, de nous décrire les rites d’enterrements et mariages, les histoires avec les belles-mères Arméniennes, le sacrifice effectué devant le consulat français après que la France ait reconnu officiellement le génocide... C’est avec une réelle passion qu’elle nous a parlé de musique et nous a fait découvrir sans fin des clips de musiques américaines et arméniennes. On comprend que les discothèques lui manquent. Avant elle y allait toutes les semaines avec ses amies ; aujourd’hui elles sont toutes mariées et ne sortent plus. Si Emma veut aller danser, elle doit être accompagner d’un frère ou d’un cousin pour éviter une réputation de mauvaise fille.
C’est avec une générosité extraordinaire que cette jeune fille aux longs cheveux bruns nous a accueillis dans sa région natale. Emik, comme les gens la surnomment, fait partie de la classe élevée d’Arménie pour qui l’argent n’est pas un problème. Elle a voyagé en Grèce et en France, regarde MTV en français et CNN en anglais. Son frère aîné est conseiller politique d’un député à Kaliningrad, son jeune frère champion de ski de l’Arménie et sa petite sœur, d’à peine 13 ans, étudie dans une école trilingue. Nous avons aperçu rapidement sa mère. Elle arrivait d’Erevan et nous dînions dans la grande salle du bar. Fatiguée par la route, cette dame au regard doux et sympathique a bu une petite vodka pour se requinquer.

C’est lundi soir que nous avons rencontré son père, après avoir passé l’après-midi de notre arrivée sur les pistes. Entre Whisky, cigarettes, karaoké et écrevisses, il nous a reçus dans le cottage VIP de sa résidence. Equipée d’un sauna, d’un jacuzzi et bientôt d’un grand aquarium, cette petite maison pour 6 personnes se loue 700$ la journée. Grand avocat d’Erevan, il a défendu la famille de Karen Démirtchian, ex-Président de la République et Président de l’Assemblée Nationale après son assassinat lors du massacre à l’Assemblée le 27 octobre 1999. Avant de nous le présenter, Emik nous avait déjà beaucoup parlé de son père, avec une fierté non dissimulée. On avait ainsi appris qu’il avait réduit la taille de l’image du vidéoprojecteur au café-bar pour que Jennifer Lopez soit plus généreuse dans ses clips. Plus tard, nous comprendrons que l’homme assis en survêtement face à nous était un homme fort de l’opposition. Emma lui présente notre périple et nous traduit ses propos ; « les jeunes ne se souviennent de rien d’avant 91. Et comment peuvent-ils savoir ce qu’ils veulent pour leur pays à l’avenir, alors qu’ils n’ont le temps de rien faire d’autres que de chercher un emploi ». Sans attendre qu’on le questionne, il nous raconte sa vision des ambiguïtés de l’implosion de l’URSS.
Lié au milieu de l’art, c’est naturellement et sans réfléchir qu’il illustre le changement de régime avec la vie des artistes. «  Avant, les peintres ou les écrivains n’avaient pas le droit de faire mûrir leurs talents. Ils n’avaient pas à penser de quoi demain était fait. Ils n’avaient pas de liberté de création, mais ils étaient nourris, logés et payés. Ils utilisaient peu d’encre pour contenter les commandes officielles, et avec le reste, à la fin, ils peignaient ce qu’ils voulaient pour satisfaire leurs âmes. Aujourd’hui il n’y a plus un artiste qui a assez d’argent pour peindre ou créer, alors qu’il y a 15 ans, tous rêvaient que le régime tombe.  » Sans transition, il passe du coq à l’âne. Son regard est franc et bon. «  La chute de l’Union Soviétique ce fut surtout l’ouverture des frontières. Mais alors que les frontières sont officiellement ouvertes, l’ambassade de France nous refuse l’entrée en France ». Lorsque le préposé aux visas du Consulat Français a demandé à ce père de famille de prouver qu’il ne resterait pas en France, celui-ci lui a simplement répondu : «  Qu’est-ce qui vous fait penser que la France est mieux que l’Arménie ? Pourquoi je resterais chez vous ? Ici, j’ai mes amis, ma famille, mes morts... » Sa fille quant à elle est déjà venue en France ; pour obtenir son visa, sa demande a été soutenue par un député, ami de son père, et par le fils de l’ancien président assassiné. C’était, d’après elle, l’unique solution pour venir passer quelques semaines de vacances en France.

La soirée passe et doucement la bouteille de whisky se vide. Emik chante quelques chansons russes au karaoké, sa petite sœur vide les cendriers et lave les verres. Avant de partir, on ose interroger leur père sur les récentes révolutions des pays de l’ex-URSS. Dans sa bouche, la Révolution des Roses de Géorgie devient la Révolution Américaine et sur la Révolution Kirghize il nous demandera «  comment peut-on faire une révolution avec un cheval ?  »

...

C’est ainsi que nous avons passé nos trois jours à Tsaghkadzor tantôt sur les pistes de ski, tantôt aux bords du Lac Sevan. Nous avons découvert les joies du sauna et redécouvert Mickaël Jackson et Jennifer Lopez lors des soirées animées dans le bar du club Viardo. Nous nous sommes régalés d’écrevisses, de poissons grillés, de brochettes de viande de porc et de pommes de terres, de jus de grenades et d’oranges sanguines, de cocktail, de fromages de chèvre vieillis... Un week-end comme les familles aisées en passent régulièrement ici et qui font rêver la majorité des Arméniens.



Texte et photo : EM



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Khash, le petit déjeuner d’hiver

Erevan, le 22 janvier



Il y a près de deux semaines, Hrant et sa mère nous faisaient un honneur en nous invitant pour khach. Voici le dimanche tant attendu. Les Arméniens disent que khach ne supporte pas trois K : le Kognac, on ne boit que de la vodka avec khach ; les Kin*, on ne partageait, autrefois, khach qu’entres hommes ; et les Kénats**, on boit la vodka sans toast afin d’éviter que le plat ne refroidisse.
A peine arrivés que l’on s’assoie avec joie pour apprendre à déguster ce petit déjeuner d’hiver. Dans une assiette creuse, vous gardez la riche soupe dans laquelle des pieds de porc ont cuit ; dans une assiette plate, vous gardez au chaud votre pied de porc sous du lavash, ce pain traditionnel fin comme une crêpe. Vous faites imbiber des morceaux de lavash dans votre soupe blanchâtre et une fois ces derniers bien trempés, vous les mangez à la main. De temps à autre, une vodka vous aide à manger plus que d’appétit. Toutefois, malgré toute notre bonne volonté, nous n’avons pu finir notre assiette. La vodka à 11h du matin c’est dur mais faisable ; par contre un gros pied de porc bien gras pour un petit estomac de français, c’est rude !

Comme on ne partage khash qu’une fois par an, ce petit déjeuner consistant est l’occasion de faire la fête. En plus de Patricio et moi, Hrant avait convié Arevik, une amie institutrice et ses deux enfants Aïk et Goarik. Arevik est une jolie jeune femme qui semble avoir à peine trente ans. Quelle surprise d’apprendre que son fils Aïk a 16 ans ! Leur mari et père est mort sur le front au Nagarno-Karabakh, en tant que soldat bénévole en 1994, une semaine avant la signature du cessez-le-feu. L’aîné, Aïk, a pu étudier deux ans dans un bon collège privé en Grèce grâce à l’aide aux orphelins du Karabakh et en est revenu avec un excellent niveau d’anglais. Pendant tout le déjeuner, il nous parlera anglais sans aucun complexe et avec un accent américain étonnant. A la fin du repas, Hrant sort sa guitare et se fait accompagner par les chants d’Arevik et de Goarik. L’après-midi passe de manière inaperçue. On rentre chez nous tard, à nouveau séduit par les chants arméniens.

Des larmes de tristesse et de joie ont coulé, des rires ont jailli et les regards en amandes des Arméniens nous ont paru plus profonds que d’habitude.



* Les femmes
** Les toasts



Pour partager un moment de notre matinée,
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Texte : EM
Vidéo : P#



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Glissades à minuit par moins 10 degrés (vidéo)

Erevan, le 20 janvier



Il neige depuis ce matin et rapidement la ville se recouvre d’une épaisse couche blanche.
Il est minuit passé. Sur la place de l’Opéra, la patinoire est fermée depuis quelques minutes mais déjà envahie de batailles de boules de neige. De chaque côté de la balustrade qui délimite d’ordinaire les spectateurs et les patineurs, des équipes acharnées s’attaquent sans respecter les lois de la guerre. Sans gant, les mains rouges refroidies amassent de la neige et la compactent en paquets arrondis. On s’ajuste en face à face ; on rattrape son ennemi par derrière ; les meilleurs s’écartent et visent de loin leurs cibles. Les cheveux sont décoiffés, les manteaux sales, les chaussures de cuir recouvertes de neige, mais malgré cela, personne ne s’offusque. L’ambiance est joyeuse et les joues sont roses. Un business man en cravate traversant le parc recevant une boule par mégarde rigole et continue son chemin.
Plus loin, sur les abords du parc, les pentes se sont transformées en pistes de luge. Face aux jeunes et aux enfants qui se laissent glisser sans crainte du danger, je pose mon appareil.



Cliquez ici pour visualiser la vidéo.




Texte et vidéo : EM et P#



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1 minute au Théâtre des marionnettes d’Armen Elbakian (vidéo)

Erevan, le 21 janvier



Il est 14h, Erevan est sous la neige. Comme tous les samedi, le Théâtre des marionnettes ouvre ses portes aux enfants. Aujourd’hui on joue La source magique. La petite salle du théâtre est plongée dans le noir. Une mélodie légère s’enlève des vieilles enceintes du fond. Lentement, le rideau s’ouvre et les marionnettes de notre ami Ruben prennent vie. De leurs fauteuils, les enfants se redressent et s’émerveillent. Derrière eux, je pose mon appareil.


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Vidéo : P#



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Vanadzor - Sanahin - Haghpat

Vanadzor, le 29 janvier



Vanadzor, au nord d’Erevan, est sur la route de Tbilissi. Comme nous devons remonter à Tbilissi pour passer en Azerbaïdjan* et que nous ne pouvons nous faire à l’idée de passer à côté du Canyon Debed sans le voir, nous nous y sommes arrêtés pour monter à Sanahin et Haghpat, ces deux magnifiques monastères protégés par l’UNESCO.

Erevan n’est pas l’Arménie. C’est un petit monde à part du reste du pays, plus riche et plus moderne. En deux jours à Vanadzor, il est facile de s’en rendre compte. Pour manger un morceau dans un café, il faut remonter toute l’avenue principale. Là, dans le restaurant Oasis, les hommes mangent ensemble et rares sont les femmes. Alors qu’à Erevan on croisait souvent des jeunes filles et des femmes mariées en ville ; ici, comme dans les autres villes et campagnes arméniennes, les femmes mariées ne sortent souvent que pour faire les courses et ne travaillent que rarement. Même les distinctions entre villes de province et campagnes sont fortes. En réalité il y a trois mondes en Arménie : Erevan, les grandes villes de province et les campagnes parsemées de petits villages. Plus on quitte les villes et plus on s’enfonce dans les montagnes, et plus les hommes semblent aimer la vodka, comme à Alaverdi.
A Vanadzor, Alaverdi et Sanahin, les petits garçons descendent sur la chaussée verglacée et recouverte de neige sur de vieilles luges ou sur des skis de bois faits maisons. A une vitesse folle, sans même faire attention aux voitures qui s’orientent dans leurs directions, ils crient des paroles incompréhensibles sur leurs engins de fortune. Entre des bonnets et des pulls de laine tricotés maisons, on devine des visages ravis rosis par leur froid. Pendus aux fenêtres et aux balcons, le linge sèche comme si nous étions en plein été. Seuls de larges stalactites transparents suspendus aux jambes des jeans et aux bras des pulls rappellent la température négative et glaciale.
Des funérailles se terminent derrière le monastère de Sanahin. Une vingtaine de personnes âgées, marchent en silence les yeux rouges. Tout autour de la procession, des tombes noires et grises, tels des jardinets bien entretenus. Sur chaque pierre tombale, un portrait est gravé. Ici un couple habillé pour une fête, là un jeune homme devant un paysage montagneux, plus loin un homme en costume.

Nous quittons les monastères de Sanahin et Haghpat en silence. Malgré la neige épaisse et le vent qui s’engouffre dans les grandes salles ouvertes à l’air libre, les pierres lourdes et sculptées de croix nous ont apaisés.
Touchés par la sérénité de ces lieux saints, nous quittons l’Arménie, persuadés d’y revenir un jour.



* La frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie est fermée depuis le début du conflit au Karabakh.



Texte : EM
Photo : P#



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