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Carnet de route - Azerbaïdjan



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Passage de la frontière azérie
-  1 minute à la sortie du métro (vidéo)
-  Achoura à Taza Pir
-  L’Or Noir au cœur de la ville
-  Le vieux joueur de Mugam
-  Le bonheur des villages



Passage de la frontière azérie

Ganja, le 3 février


Hier, le passage de la frontière azérie s’est avéré plus long et compliqué que prévu. Nos visas arméniens ont inquiété les douaniers, mais une Ossète voyageant dans notre bus, à force de traduction et de patience, nous a aidé à gagner du temps. Les douaniers d’à peine 20 ans voulaient savoir le sens de notre présence chez leurs ennemis : Qu’avons-nous fait là-bas ? Qui avons-nous visité ? Entre chaque question, tout en épluchant nos papiers mais sans ouvrir nos sacs, ces jeunes Azéris nous ont parlé de football et de Paris. Avant que nous puissions rejoindre notre bus, ces deux fans du PSG ont tenté d’arrondir leurs salaires, en nous demandant, avec un grand sourire, « 5 dollars, like a present ».
Soulagés d’avoir passé la frontière sans plus d’encombres, on s’assoit dans notre bus bondé, direction Ganja !

Ganja.
Même en arrivant de nuit, nous comprenons au premier coup d’œil qu’un nouveau monde s’ouvre à nous. Alors que la Géorgie et l’Arménie semblent encore à la croisée des chemins, ici, à Ganja on entre dans l’univers de l’Asie Centrale.
Accueillis chez la famille d’Anar, un jeune Azéri de 24 ans passionné par les rencontres internationales de jeunesse, nous partageons un thé et de la confiture. On retrouve les mêmes petits appartements de trois pièces dans les bâtiments soviétiques que dans les autres pays du Caucase traversés ; les mêmes draps blancs cousus et troués d’un losange au milieu qui recouvrent les mêmes couvertures vertes ; la même vaisselle dans les mêmes buffets de verre ; les mêmes tapis rouge et noir sur les canapés et les fauteuils ; et le même linoléum. Par contre, au dessus de la table, une reproduction argentée d’Ali, le cousin du Prophète remplace le visage auréolé de la Sainte Mère. Les mêmes posters de plastique représentant des festins européens et des paysages de campagne décorent les murs, mais une photo de la pierre noire de la Mecque recouvre ces paysages et non plus une photo d’une cathédrale orthodoxe. La tradition du thé devient omniprésente et c’est avec joie que l’on retrouve les théières arrondies sur les tables. Le sucre en poudre disparaît et est remplacé par de grossiers carrés et des sucreries telles que des gâteaux ou de la confiture.
La neige a fondu et c’est maintenant la boue qui encombre nos chaussures. Notre voyage se poursuit et on avance vers l’Est, vers le Grand Est, vers l’Asie Centrale tant appréciée. Quel bonheur de retrouver les visages rieurs et les sourires qui laissent à nouveau deviner les dents d’or !



Texte et photo : EM



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1 minute à la sortie du métro (vidéo)

Baku, le 6 février


A l’est du centre de Baku, la place du métro Nariman Narimanov s’anime. Le bruit assourdissant des klaxons se mêlent aux cris des vendeurs à la sauvette à l’entrée de la bouche de métro. Il est 12h. Alors que les Azéris affluent vers la station pour profiter de ce moyen de transport bon marché (moins de 0.05 euro le trajet), je pose mon appareil.


Cliquez ici pour visualiser la vidéo.

Vidéo : P#



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Achoura à Taza Pir

Baku, le 9 février



Aujourd’hui, c’est Achoura, principale fête religieuse chiite.
Ce jour est férié en Azerbaïdjan, ce petit pays où près de 70 % de la population est chiite.
En 680, l’Imam Hussein, petit-fils de Mahomet et fils d’Ali et Fatima, décède lors de la bataille de Kerbala. Depuis, les Chiites commémorent, le 10 Muharram selon le calendrier de l’Hégire, le souvenir de la mort d’Hussein* et de sa famille. Alors que ce dernier refusait le pouvoir des Omeyyades, sa mort (ou son martyre, selon ses partisans) marquera le début de la rupture entre les Chiites et ceux qu’on nommera plus tard les Sunnites.
Alors qu’Achoura est un jour de fête pour les Sunnites, chez les Chiites c’est un grand jour de deuil.

Il est 10h du matin. Sur les conseils d’un ami, nous avons décidé de monter à la grande Mosquée de Taza Pir sur les hauteurs de la ville. Il fait froid, tout juste 0 degré, un record pour le mois de février à Baku. Les rues autour de la Mosquée sont fermées aux voitures et nous devons grimper à pied pour rejoindre la coupole verte, en nous laissant guider par les prières diffusées par haut-parleur.


Plus nous approchons du lieu de prière et plus les mendiants se font nombreux. La cour de la Mosquée a l’allure de la cour des Miracles ; des vieilles femmes, des enfants handicapés en fauteuils ou allongés à même le sol, des jeunes veuves, des hommes cul-de-jate mendient. Des parents exhibent les blessures de leur enfant, d’autres montrent des photos de leur petite fille alitée. Les fidèles font l’aumône, comme l’exige l’Islam. Ils distribuent du sucre, des bonbons et pour les plus généreux des billets de 1000 manats. Dispersées dans la foule, des urnes de bois surmontées de mains dorées et d’un voile noir reçoivent les dons des priants.

Alors qu’à Kerbala en Irak, les pèlerins se mortifient jusqu’au sang en public, ici les manifestations sont moins violentes. Au pied de la grande porte sculptée de Taza Pir, une dizaine de jeunes se fouettent avec des chaînes, selon un rythme scandé par le plus âgé. Autour, la foule immense des fidèles répète les prières en se frappant le cœur.


Officiellement, les commémorations violentes du martyr d’Hussein sont découragées par les leaders musulmans dans le Caucase. Pour éviter le moindre débordement, tout le quartier est bouclé et contrôlé par les forces de police de Baku. Même l’entrée dans la Mosquée se fait sous l’œil des policiers.

Comme on a pu l’observer depuis notre arrivée, on pratique peu en Azerbaïdjan : on boit de la vodka et on mange de la saucisse de porc. Mais depuis 1991, la religion musulmane connaît un certain renouveau, particulièrement chez les jeunes. En effet, la majorité des Azéris pratiquants a moins de 30 ans. Ce regain religieux s’inscrit dans une recherche identitaire ; après des années d’oppression soviétique, l’Islam est un moyen de définir la culture Azérie.




* En arabe, Hussein est appelé « sid as-sahada » signifie « seigneur du témoignage, du martyr »



Texte : P# et EM
Photos : EM



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L’Or Noir au cœur de la ville

Baku, le 10 février


Déjà au 6 siècle avant Jésus-Christ, les disciples de Zoroastre adoraient les « piliers du feu éternel » sur les terres azéries. Aujourd’hui à Baku, l’or noir semble être la seule possibilité du bonheur.
A moins d’une demi-heure du centre de la capitale, sur les bords de la mer Caspienne, toute la richesse de ce petit Etat s’étend. Ici, comme ailleurs, le système communiste a laissé des traces : les derricks sont rouillés, les tronçons d’oléoduc se perdent dans des marres grasses, et rares sont les puits qui fonctionnent encore. Alors qu’il y a un siècle, l’huile noire de ce sol si riche fournissait près de la moitié du pétrole extrait de la planète, l’Azerbaïdjan a aujourd’hui une seconde chance de se relever : l’oléoduc Baku-Tbilissi-Ceyhan fait rêver tout le pays.

Pour certains les puits de pétrole sont synonymes d’immeubles de verres et de marbre, de mercedes et de liasses de dollars ; pour d’autres, les derricks sont dans leurs jardins ou composent l’unique paysage par la fenêtre. La richesse extraite ne profite pas à tous dans ce petit pays de 8 millions d’habitants dont 40% vivent sous le seuil de pauvreté. Alors, entre les mauvaises odeurs et les tours de ferrailles, on vit, simplement. Les flaques sont sales et polluées, les ordures jetées par-dessus les barrières et après deux jours de pluie, les rues de terre sont envahies de torrents. Il n’y a pas grand-chose à dire ou à faire. Juste marcher et regarder.

Petit détour photographique dans une désolation qui contient toute la richesse d’un pays autant que sa misère.



Vue sur la mer Caspienne depuis les faubourgs de Baku : un monde de désolation à perte de vue.


Inactifs pour la plupart, des puits en panne attendent d’être démantelés.


Les derniers derricks en activité encombrent l’air d’une odeur âcre et lourde et fournissent un salaire de misère aux ouvriers.


Comme si de rien n’était, on vit dans ce champ de bataille oublié.


Des maisons, des boutiques comme dans n’importe quel quartier.


A la sortie de la ville, une mosaïque à la gloire de l’Or Noir.



Texte et photos : EM & P#



Pour admirer trois mouvements d’un derrick,
cliquez ici.



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Le vieux joueur de Mugam

Sheki, le 13 février


En arrivant en Azerbaïdjan, on nous avait parlé de Mugam, cette musique traditionnelle où un trio interprète, selon l’humeur, des airs tristes ou joyeux. Avant même d’écouter Alim Qasimov ou Vagiv Mustafadze, nous avons eu la chance de découvrir la petite échoppe sombre d’un ancien joueur de Mugam au cœur de Sheki. Ville des montagnes du Nord, réputée pour son palais et son artisanat, la rue principale de la vieille ville est bordée d’échoppes et d’ateliers. Ici, un jeune homme grave au poinçon une plaque d’aluminium clouée sur un large coffre de bois, son maître Samir l’observe et finit quelques petites cassettes. Plus bas, la porte ouverte d’un tout petit atelier invite le passant à entrer.

Derrière ses épaisses lunettes, Faroud est ravi qu’on s’intéresse à son atelier. Un vieux comptoir en bois cache sa table de travail, une bouilloire fume sur un vieux réchaud électrique. Alors qu’il se sert un thé avec l’eau bouillante, il verse la fin de la bouilloire dans un pot de métal pour faire tremper les intestins de moutons. Ainsi ramollis, il les tendra plus facilement sur les instruments en fabrication. Sur un mur, Faroud a accroché les trois instruments du Mugam qu’il a fabriqués lui-même. Le Tar, petite guitare dont on pince les cordes, est fait d’une coque de bois ronde recouverte d’une peau de cuir. Le kamancha, plus petit que le Tar, ressemble à un violon et se joue avec un archet de crin ou de soie. Enfin, le najana est un petit tambourin tendu dans la même peau que les deux premiers.


Avant d’ouvrir son atelier, le vieux Faroud jouait du Tar. De son étagère, il sort une vieille boîte métallique et nous montre fièrement les photos de son ancien trio. Pendant quelques instants, nous admirons avec lui ses clichés noirs et blancs datant de 1947. Avec un grand sourire de satisfaction, Faroud attrape un des Tars accrochés au mur. Naturellement, il en pince les cordes et enveloppe son atelier d’un air vif et entraînant.

Aujourd’hui, le Mugam de Faroud était joyeux.



Texte : P#
Photo : EM

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Le bonheur des villages

Baku, le 15 février


Lahij est un petit bourg médiéval surplombant un canyon dans les montagnes du Grand Caucase. Difficilement accessible en hiver, il faut depuis Ismayilli, grimper pendant deux longues heures sur une piste de boue et de neige dans un vieux bus bringuebalant.
Notre bus soviétique, rouillé et glacial, s’arrête à l’entrée du village, juste avant un pont qui pourrait s’effondrer sous son poids. Dans les rues pavées et glissantes, des maisons de bois agrémentées de larges balcons de bois.Au rez-de-chaussée de ces vieilles bâtisses du XVIIIe et XIXe siècles, des petites échoppes d’orfèvres débordent de lampes à huile, de samovars et de chaussons en laine épaisse. Selon la légende, le village a été fondé par un Shah persan il y a plus de 1000 ans. Aujourd’hui encore, ce petit village vit quasiment en autarcie. Dans quelques familles, on parle même la langue de Lahij, un dialecte unique reposant sur une base persane. Alors qu’au 19ème siècle, les tapis et l’orfèvrerie des 200 artisans de Lahij atteignaient des prix élevés au bazar de Bagdad, aujourd’hui le village compte à peine vingtaine d’artisans. En hiver, le village hiberne et rares sont les ateliers ouverts. Parfois les sabots d’un vieux cheval résonnent sur les pavés de pierres usées. Chargées de bois ou de pommes, des caravanes de chevaux traversent régulièrement le lit de la vallée asséchée. Au-dessus d’elle, un pont de ciment inachevé, commencé dans les années 80. Le fameux projet de rejoindre Quba à Lahij n’a pu être concrétisé après la chute du régime soviétique ; l’argent a manqué et le demi-pont demeure là, témoin d’une Union qui en a fait rêver plus d’un.

A l’entrée du village, Gasarat y tient une petite guesthouse. Après avoir étudié cinq années l’économie et les relations internationales à Baku, ce jeune homme a décidé de revenir s’installer dans son village natal. Dans une maison construite par un grand-père lointain, il vit paisiblement avec sa mère, son jeune frère et la femme de son frère aîné. Celui-ci, serveur tout l’hiver à Moscou, revient tous les deux mois pour quelques jours. Sa très jeune femme l’attend avec leurs deux jumelles. Gasarat n’a pas supporté Baku et préfère la vie de Lahij. Le grand jardin fournit les fruits et légumes nécessaires, les conserves préparées en été sont dégustées en hiver, les deux vaches permettent de produire suffisamment de beurre et de fromage pour nourrir la famille. Adjacent à la maison, un hammam a aussi été construit par l’ancêtre de la famille, il y a plus de 300 ans. Chauffé au bois, comme toutes les maisons ici, il est ouvert 3 jours aux hommes et deux jours aux femmes. C’est grâce aux revenus estivaux de la guesthouse et du petit café en contrebas, que la famille peut garder actif ce hammam nécessaire à tous les villageois. En effet, vu le prix du bois, cette entreprise n’est pas rentable.
Pendant les deux jours que nous passerons à ses côtés, Gasarat ne se lassera pas de nous vanter son petit village. Alors que 70% des jeunes sont partis à Baku ou à Moscou, il est un des seuls de sa génération à avoir pu rester. A Lahij, « il n’y a pas de travail, pas d’avenir pour les jeunes, à part le tourisme et l’artisanat  ». Une coupure de courant interrompt notre ami. Il s’éclipse une minute pour revenir avec une lampe à huile, et nous demande, comme tous les jeunes que nous rencontrons : « ça coûte combien un petit appartement dans le centre de Paris ?  »



Texte et photo : EM


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