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Carnet de route - Kirghizistan



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Osh et la Vallée du Ferghana kirghize (vidéo)
-  Le chauffeur fatigué ou le calvaire du voyageur
-  Bichkek, ville moderne d’Asie Centrale
-  Le malheur ordinaire de la vodka en Asie Centrale
-  Saginbai : l’art du Berkoutchi au Kirghizstan (video)
-  Une manifestation réussie, sous la plvuie (vidéo)
-  Tash Rabat : belle et hostile vallée du Kirghizstan
-  Partie d’osselets pour les enfants de Kochkor (vidéo)



Osh et la Vallée du Ferghana kirghize (vidéo)

Osh, le 18 avril


Il est 5h du matin, le bazar Jayma d’Osh s’éveille ; et il est temps pour nous de dormir quelques heures. Nous sommes exténués, il nous aura fallu 16 heures pour parcourir les 400km qui séparent Murgab d’Osh.

C’est dans son long et immense bazar que le cœur de cette ville bat. Quelques tréteaux, une base en tige de métal sur laquelle reposent des épais cartons ou des fines planches de bois composent les étalages bringuebalants serrés les uns contre les autres. Des allées hasardeuses et irrégulières dessinent une petite ville où les Russes blonds se mèlent naturellement aux Kirghizes le visage arrondi ou aux Ouzbeks le visage ovale. Régulièrement, entre les allées en bitume et les ruelles de terre humide, des porteurs ou des pousseurs hurlent pour prévenir de leur passage. Dans un harmonieux désordre, on y trouve de tout, du cumin et des ressorts, de la saucisse ukrainienne et des clés dépareillées, du beurre rance et des savons russes, des pommes de terres terreuses et des passoires rouillées, des radis rouges brillants et des chapeaux traditionnels de feutre, des oignons et des portes bonheur, des chachliks de mouton graisseuses et des meubles soviétiques, des piles d’œufs frais de différents calibres et des livres illustrés pour enfants, des milliers de pains de sésame et des vieux samovars, des graines de tournesol au kilo et des médicaments à l’unité, du sucre de toutes les couleurs et des jantes de Lada, des samsas chauds et dorés et des assiettes made in China, des deuxièmes culs de moutons de graisse et des lits d’enfants en bois, du thé vert et des boucles d’oreilles en or, des litres de vodkas estampillées « Osh » et des changeurs d’argent, des poissons séchés et des stylos Bic, des grosses pommes sucrées et même deux billards à peine abîmés sur lesquels les vendeurs et un jeune homme en costard blanc rivalisent...

Ici, tout se vend, tout s’achète et tout se négocie. Les vieilles babouchkas qui n’ont rien à proposer sur les sacs de jute au sol que deux assiettes et 10 paires de chaussettes côtoient des jeunes kirghizes qui proposent jeans à la mode et t-shirts décolletés. Ici, un vieil homme kirghiz dort les bras croisés sur son étal, son chapeau brodé lui retombe sur les yeux. Plus loin, deux femmes de type ouzbek boivent un thé vert en parlant ensemble malgré le mur de foulards tendus qui les séparent. Une jeune fille, assise sur une basse chaise de bois, fait les mots-croisés d’un magazine russe. On appelle le passant, on l’attire, on s’intéresse à lui. Cachés entre des étals de semelles et de lacets et des kiosques de mercerie, deux hommes jouent aux échecs sur un plateau de papier. Tout autour, les vendeurs attendent le client. Lorsqu’il arrive, on essaie de l’arnaquer un peu, presque par principe, on rajoute 200g de farine ou quelques concombres pour peser sur la balance. Par contre, lorsque que l’acheteur ne se présente pas, on l’attend, sans n’avoir rien d’autre à faire qu’à regarder son voisin, le passant et le badaud.

...

Plus loin, dans les alentours et les faubourgs de la ville, la verdure de la Vallée du Ferghana kirghize est enchanteresse pour quiconque arrive des montagnes du Pamir. A l’heure du coucher du soleil, les hommes rentrent des champs fraîchement labourés, un outil sur l’épaule. Les enfants, rieurs et les joues roses, jouent au ballon ou aux cerfs-volants. Un fichu lumineux sur les cheveux, quelques femmes secouent et frappent leurs tapis de laine sur le bitume de la rue. Le soleil, le ciel bleu et la verdure nous enchantent et nous réveillent après nos quelques jours blancs et glacés dans le Pamir. Une vie si paisible et si saine attire malgré le travail laborieux de la terre et les conditions de vie précaires. Une fois de plus, on se dit que l’on resterait bien plus longtemps dans les campagnes de la Vallée mais le temps nous est compté si l’on veut profiter du Kazakhstan et être à jour sur notre visa russe.



Assis sur un petit banc de bois et un lit de brocante, trois vieux hommes partagent une partie d’échec. Alors que machrutkas, Lada et Mercedes descendent trop vite la rue du bazar, je pose mon appareil...
Cliquez ici pour visualiser la vidéo.


Texte et photos : EM
Vidéo : EM & P#



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Le chauffeur fatigué ou le calvaire du voyageur

Osh - Bichkek, le 21 avril


Nous pensions avoir choisi un bon chauffeur. Patricio l’avait rencontré la veille pour fixer le rendez-vous et le prix de la course Osh-Bichkek. Mais, nous nous étions trompés. Nous n’aurions pas dû lui faire confiance et croire dans les compétences qu’il nous avait ventées. Sur les 700km de la Vallée du Ferghana et des montagnes Alatau, nous avons crevé trois fois : sur les cinq roues utilisées y compris la roue de secours, trois ont rendu l’âme. Mais là n’est pas le pire. Le plus énervant et effrayant fut la somnolence à répétition de Sacha, notre chauffeur malhonnête. Pour la première fois depuis le début de notre voyage, nous avons eu peur. Alors que nous avons déjà avalé des milliers de kilomètres, alors que nous avons vécu des heures de traversées à travers les déserts du Turkménistan ou d’Ouzbékistan, alors que nous avons survécu aux pneus crevés et aux pannes d’essences dans la neige du Caucase, alors que nous sommes sortis vivants de dérapages incontrôlés et d’accrochages avec des ânes mal réveillés, pour la première fois nous avons été réellement effrayés par notre conducteur endormi. Nous qui avions réussi à garder le sourire dans les mésaventures vécues, cette fois-ci notre patience à lâché. Après que notre vieille Mercedes bidouillée ait effectué des virées et des détours non désirés et que les assoupissements de notre chauffeur soient devenus réellement dangereux, Patricio a obligé Sacha à lui laisser le volant.

Finalement, 18 heures après avoir quitté Osh, nous sommes arrivés sains et saufs à Bichkek. Pressés et sans politesse, nous sommes descendus de la voiture. Les sacs sur le dos et les pieds sur le bitume, nous avons enfin pu prendre une bouffée d’oxygène, soulagés et libérés de ce calvaire automobile.



Texte : EM



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Bichkek, ville moderne d’Asie Centrale

Bichkek, le 24 avril


Quiconque arrive à Bichkek par le Tadjikistan ou l’Ouzbékistan est surpris par la modernité de la ville et de ses moeurs. Les jeunes filles traditionnelles en robes et pantalons longs sont loin derrière et ici, on fume dans la rue en montrant son nombril.

Entre bâtiments datant de la période soviétique et immeubles modernes vitrés, quelques beaux hôtels particuliers subsistent. Les rues sont vertes mais les trottoirs inexistants ; les parcs sont propres et entretenus mais les rues au-delà des principales artères ne sont qu’ornières et bosses. Pourtant, dans Erkindik, sous le soleil perçant à travers les hauts platanes, les allées pavées prennent l’allure d’estrade de défilés de mode. Les marques s’affichent et les minettes de 16 ans semblent sortir tout droit de clips américains de MTV. Lunettes Chanel, sac Louis Vuitton, chaussures Puma, jeans stretch habilement troués, talons aiguilles, minijupes sur bas en résilles, T-shirts customisés... la panoplie est parfaite. Plus les lunettes sont grosses, plus la jupe est courte, plus la jeune fille se veut séduisante. Les lunettes et les sacs sont sûrement faux, mais personne ne le dira.

Main dans la main ou bras sur l’épaule, les couples s’affichent, s’embrassent et se caressent sur les pelouses vertes des parcs du centre ville. Du jamais vu pour nous depuis que nous avons quitté le Caucase. Pourquoi cette ville est-elle si différente de ses voisines ? Certains disent que, depuis longtemps déjà, les Kirghizes sont plus ouverts et moins religieux que leurs voisins. D’autres racontent que la présence des russes est la cause de l’évolution des mœurs et les couples russes imposent un point de vue contemporain sur des questions comme l’union libre ou la contraception. S’ajoute à cela d’autres explications comme la religion chamaniste qui de tout temps s’est opposée à l’Islam, la télévision russe et américaine qui abreuve les cerveaux de Tatu en minijupe et soutien gorge ou de Shakira le corps dans la boue. Vous pourrez aussi entendre que la télévision nationale n’a ni les moyens de produire des séries ou des émissions ni d’acheter des programmes traditionnels indien ou turc, comme le fait l’Ouzbékistan ; alors ici plus qu’ailleurs la télé russe envahit les appartements. Pourtant dans les jeunes filles frivoles qui s’identifient à Paris Hilton ou à Britney Spears, certaines d’entre elles viennent des villages d’Issy Kul ou du sud. Pour les vacances, elles rentrent chez leurs parents et parfois ne reviennent pas pour la rentrée. Dans ce cas, leurs amies vous diront simplement qu’elles ont été kidnappées comme cela se fait encore dans les campagnes lorsqu’un jeune homme veut épouser une jeune fille et qu’il n’a pas les moyens de payer un grand mariage.

Dès la fin de matinée, les balançoires et les toboggans au centre de l’avenue Erkindik sont envahis par les enfants. Tout a été repeint en rouge, vert et jaune et aucun papier ne traîne par terre malgré les glaces que tout le monde mange toute la journée. Face aux jeux, quelques petits étals proposent balles, spiderman gonflables, bonbons et pistolets de plastique. Sur la première balançoire, une petite blonde, sur la seconde un petit garçon brun, les pommettes hautes et les yeux plissés. Derrière des enfants avec un visage plus long et fin rappelant les tadjiks. Une mère, un grand-père ou une grande sœur attendent les enfants, en retrait ou assis sur un banc à l’ombre des arbres. Des russes aux yeux bleus, aux Mongols aux visages plats en passant par les Tadjiks aux visages longs et par les Afghans aux yeux verts, sans oublier quelques Coréens, Kazakhs, Allemands, Tatars, Baltes ou encore Chinois... autour de ces balançoires, tous les peuples rassemblés par Staline sont encore là, chez eux. Alors que les russes ont fuit le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan, la population de Bichkek est encore composé à 30% de russes. Natacha vit ici depuis qu’elle est née, parle russe et a la nationalité tadjik, comme son ami tatar et de nombreux autres jeunes. Bien qu’elle ne se sente pas kirghize, la République du Kirghizstan est son pays et la Russie une terre étrangère. Elle est allée en Russie, avant 91 quand voyager était facile et quand les billets d’avion n’étaient pas chers. Elle a sûrement encore une grand-mère qui y vit, ou un cousin qui y travaille. Mais pourquoi voudrait-elle quitter Bichkek, alors que c’est ici qu’elle a grandi, qu’elle a étudié et qu’elle se mariera ?


Pendant ce temps, au nord de Osh Bazar, toutes les petites tentes des diseuses de bonne aventure, des vieilles conseillères et des vieilles chamans sont occupées par des jeunes filles, des mères ou des hommes effrayés par une nouvelle, affolés par un rêve ou un pressentiment...



Texte et photos : EM



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Le malheur ordinaire de la vodka en Asie Centrale

Karakol, le 28 avril


Au nord du Lac Issy-Kul, les petites maisons de Cholpon Ata et des villages balnéaires « côté plage » ressemblent à des isbas et à des datchas russes. Aux abords de la grande cathédrale aux coupoles dorées de Karakol, ville à l’extrême est du lac, et entre les maisonnettes aux fenêtres sculptées et aux volets de bois bleu, on se croirait au milieu d’un petit bourg russe. Changement d’ambiance et de décor sur la route du sud qui relie Karakol à Bokonbayevo. Entre fermes et champs cultivés, un autre paysage parsemé de moutons, de chevaux et de chèvres défile à travers la vitre bloquée du minibus. Les fermes de torchis et de pisés se veulent plus fonctionnelles et de grands greniers ouverts à l’air dominent les rez de chaussée habités.

Malheureusement, au nord comme au sud, le chômage grignote la dignité humaine. Sans occupation, l’homme boit, s’oublie dans la vodka et s’endort dans les talus le long des routes. C’est à Karakol que nous avons assisté à une de ces tristes scènes de vie liées à l’alcoolisme ordinaire des pays d’Asie Centrale. Alors que nous nous étions arrêtés dans une gargote quelconque pour nous désaltérer d’un jus de pomme frais tiré des gros bocaux de verre, un homme profondément éméché entre et demande sans complexe une vodka au comptoir. Au Kirghizstan comme en Ouzbékistan, il est courant que des hommes, entre deux courses ou deux conversations, viennent avaler un shot de vodka, un petit 50 grammes au comptoir comme ils appellent ça. Vu l’état de notre saoulard, la patronne de l’endroit refuse simplement et maternellement de lui servir à boire. Rien n’y fait, appuyé sur le comptoir instable de bois, il insiste en tendant son billet de 20 som (soit 0,5$ l’équivalent d’un verre de vodka). Gentiment, une serveuse le prend par le bras, lui demande de sortir et de trouver un autre bar qui acceptera de lui servir son ultime verre. Convaincu et hagard, il amorce un mouvement. Mais le malheureux ne tient pas debout et afin d’éviter de s’étaler par terre, il se rattrape aussi adroitement que possible au bar. Manque de chance, ce n’est pas sur le bar que sa main atterrit mais sur un plateau de desserts. Celui-ci, comme une balance déséquilibrée, se retourne et s’écrase par terre. Tel le vestige d’un champ de bataille, des dizaines de cadavres de gâteaux à la crème s’éventrent et éclatent sur le sol sale et poussiéreux du restaurant. La patronne, surprise, regarde d’un œil écoeuré, le fruit de cet attentat maladroit. Le malheureux au sang bourré d’alcool ne s’est rendu compte de rien. Sans réaliser ce qui l’attend, il accepte de s’asseoir. 10 minutes plus tard, trois policiers carrés et costauds arrivent et emmènent notre amoureux de la vodka au poste, direction la salle de dégrisement, le temps qu’il accepte de rembourser les 10 dollars de gâteaux perdus.




Texte et photos : EM



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Saginbai : l’art du Berkoutchi au Kirghizstan (vidéo)

Bokonbayevo, le 28 avril


La chasse à l’aigle est une tradition familiale ancestrale au Kirghizstan. Depuis plus de 200 ans, les membres de la famille de Saginbai sont des berkoutchis réputés au sud d’Issy-Kul. Transmis de génération en génération, le métier est révélé aux jeunes dès leurs majorités ; même les jeunes filles peuvent exercer ce métier pourtant physique et dangereux.
Aujourd’hui, Saginbai le Berkoutchi vit dans un petit village sur la rive sud du Lac Issy-Kul avec ses 9 enfants, ses petits-enfants et ses 5 aigles.

Saginbai et le jeune aigle Karabalo

Immense rapace de plus d’1mètre 50 d’envergure, Karabalo pèse 6 kilos. Mais l’aigle préféré de Saginbai est Akhdiol avec qui il chasse depuis plus de 22 ans, « je m’occupe de lui plus de 3 heures par jour, et depuis sa naissance je le nourris de ma propre main. Un bon aigle est un aigle qui a faim, hors période de chasse, Akhdiol mange un pigeon [vivant] tous les deux jours  ». Depuis quelques années maintenant Saginbai chasse avec son fils Ulug’bek. Après des études d’ingénieur et ne trouvant pas de travail, Ulug’bek préfère travailler avec son père et les aigles, « les aigles sont nos meilleurs amis  ».

 

 

Ulug’bek et Akh’Khelmack

Un aigle bien dressé peut plaquer au sol et tuer un chevreuil, un blaireau, un renard, et même un loup. Etre Berkoutchi n’est pas seulement un moyen de se nourrir ou de profiter des immensités kirghizes, c’est aussi un métier qui peut rapporter beaucoup d’argent avec les démonstrations touristiques mais surtout avec les pièces de fourrure. La fourrure est prisée au Kirghizstan, dans ce petit pays de nomades où les hommes se distinguent avec des manteaux de cuir doublés de fourrure de loup et les jeunes filles avec des chapkas de renard.

Le père Saginbai avec Karabalo et le fils Ulug’bek avec Akh’Khelmack

Etre Berkoutchi est un métier difficile qui s’apprend pendant des années. Mais l’apprentissage ne suffit pas, l’essentiel se joue dans la relation entre le maître et l’aigle. L’art du Berkoutchi repose dans le regard complice qui existe entre le chasseur et son aigle. A la vue d’une proie, le regard du maître se mêle à celui de l’aigle. Il n’existe alors plus qu’un seul regard, dans une seule et même direction : celle de la proie. L’homme se confond dans son oiseau, et c’est au seul mouvement de l’avant-bras de son maître que l’aigle s’envole vers sa proie.

Dans 3 ou 5 ans, le vieux Akhdiol sera devenu un aigle trop âgé pour chasser. Alors Saginbai l’emmènera au sommet d’une belle steppe immense, lui enlèvera son masque de cuir, lui déferra ses lanières de cuir qui attachent ses serres, et lui rendra sa liberté. Pendant quelques semaines, le vieux maître viendra nourrir discrètement son vieil ami le temps que le rapace s’habitue à sa nouvelle liberté, « c’est la tradition, c’est ainsi et c’est bien  ».

Pour admirer l’envol d’un aigle en chasse,
cliquez ici.



Reportage : EM & P#
Photos : EM
Vidéo : P#



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Une manifestation réussie, sous la pluie (vidéo)

Bichkek, le 29 avril


Le Kirghizstan est surnommé par les voyageurs la « petite Suisse d’Asie Centrale » pour ses belles montagnes rappelant les Alpes et ses lacs transparents d’altitude, et peut-être aussi car ce fut le pays le plus démocratique d’Asie Centrale à la sortie de l’Union Soviétique. Mais le quotidien des Kirghizes est bien loin du quotidien des Suisses ; et malgré la fameuse « révolution » prématurée de mars 2005 qui a mit fin au règne du Président Askar Akaïev issu de l’ère soviétique, les choses n’ont pas vraiment changé.

L’espoir révolutionnaire de démocratisation semble désormais bien loin et Kourmanbek Bakiev, populaire au lendemain de la Révolution des Tulipes et élu haut la main en juillet 2005 est aujourd’hui désavoué et critiqué par ses propres partisans. La démocratie de façade demeure et, tant selon les Bichkekois que selon les observateurs de l’OSCE, la situation est pire qu’avant. La corruption est galopante alors que la croissance économique retombe. Aujourd’hui la vie politique au Kirghizstan est sombre, les rivalités entre le Président, Kourmanbek Bakiev, et son Premier ministre, Félix Koulov, un ancien prisonnier d’opinion, paralysent toutes évolutions et décisions, 3 députés ont été assassinés en peu de temps et des chefs mafieux se présentent aux élections partielles. Dans cette humeur de désenchantement général, face à l’absence de résultat, l’opposition a décidé d’organiser 5 jours de manifestations pacifiques.

Ce matin, 10 milliers de personnes se sont rassemblés sur l’avenue Chuy, entre la « maison blanche » gouvernementale et la place Ala-Too. La pluie et le froid n’ont pas arrêté les courageux opposants fatigués des promesses non tenues. Toute la population de la capitale semble être dans la rue : les anciens combattants de l’Union Soviétique médailles fraîchement astiquées sur le torse, les hommes d’affaire sérieux en costard cravate, les jeunes russes en jeans troués et piercings à l’oreille, les filles kirghizes en talons aiguilles, et les jeunes garçons de l’Université Américaine autant que ceux de l’Université Nationale.

Alors que les forces de l’ordre et le gouvernement craignent les dérapages violents et les vandales de l’année passée, la manifestation est bon enfant et organisée.

Chaque manifestant arbore des ballons, des brassards, des banderoles ou des petits drapeaux rouges, verts, bleus réclamant réformes et démocratie. Toute la matinée sur la place Ala-Too, au pied de la Statue incarnant la Liberté qui a remplacé le grand Lénine il y a 2 ans, les manifestants ont applaudi, crié et acclamé les quelques députés de l’opposition présents. Les 3000 militaires et policiers casqués et armés de matraques, rassemblés en points stratégiques autour du centre ville, regardent d’un œil curieux les activistes.

Les activistes sont pour la plupart des jeunes étudiants. Certains portent des t-shirts avec un gros point d’interrogation devant et dans le dos un « Où sont les réformes ?  » à l’adresse du gouvernement. Aidar a 19 ans et est engagé auprès d’une organisation internationale. De la main droite, il tient une large banderole rouge, de l’autre un mégaphone allumé. Aïdar en a marre des mensonges et des fausses promesses, « on veut une nouvelle Constitution et que le gouvernement lutte vraiment contre la corruption et le crime organisé. Depuis la révolution de mars, rien n’a changé, c’est pire, le gouvernement ne fait rien. Mais cette fois-ci on est mieux organisé, alors on espère que ça va marcher et si il faut, on demandera au président de démissionner.  »
Plus loin, Samat et Nourlan observent la manifestation, sous un grand parapluie noir. Ils passaient là par hasard, et se sont arrêtés par curiosité. Samat n’est pas particulièrement au courant des exigences des opposants, « ils veulent tous des réformes et s’opposent aux mafieux qui veulent prendre le pouvoir et devenir députés.  »

Sous les arcades, à l’abri de la pluie, des étudiantes de l’Académie de Police papotent et rigolent. Ces jolies jeunes filles en talons hauts, en jupe droite et en veste cintrées arborent toutes un œillet rouge à la main. Symbole de paix ? Commémoration d’autres révolutions ? Cholpon ne se pose pas la question, « on nous a demandé d’être là, comme les autres militaires, parce que les dirigeants ont peur que ça dégénère comme l’an passée. Pendant un an, il n’y a pas eu de réformes, alors les gens ne sont pas contents aujourd’hui.  »

Almazbek Atambaïev, le ministre de l’industrie qui a démissionné la semaine dernière pour rejoindre l’opposition, avec d’autres députés de l’opposition, a lancé un ultimatum au pouvoir en lui demandant de mettre en oeuvre leurs revendications d’ici fin mai, sans quoi une nouvelle manifestation serait organisée pour exiger la démission de tout l’exécutif. Alors que certains jeunes surnomment le nouveau Président Bakaïev, contraction de Bakiev et Akaïev, Atambaïev a déclaré « un an après la révolution, rien n’a changé. On a le sentiment que ce sont les mêmes gens, le même Akaïev et qu’il a juste changé de coiffure  ».

Pour participer à la manifestation,
cliquez ici.



Reportage : EM & P#
Photos : EM
Vidéo : P#



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Tash Rabat : belle et hostile vallée du Kirghizstan

Tash Rabat, le 4 mai


Un territoire vierge et immense nous entoure. Nous sommes au cœur de la Vallée de Tash Rabat qui semble n’avoir ni fin ni début. Au centre le caravansérail de Tash Rabat, encerclé de montagnes enneigées que recouvrent des troupeaux de chevaux, de moutons, de vaches et de yaks. De loin nous n’apercevons que des petites tâches brunes, noires ou beiges qui s’agitent doucement sur un fond blanc et vert. Parfois deux plus petits points blancs se mêlent aux tâches : ce sont des oies ou des poules qui picorent entre les pattes des bêtes. Le printemps est revenu dans ces territoires hostiles où il neige plus de 7 mois par an. A peine les premières pousses d’herbes apparentes que les animaux reprennent possession du territoire.

 

Le vent est sec et froid. Le soleil tape et brûle. Face au caravansérail, un jeune berger, les pieds dans la neige et les joues roses et gercées par le froid et le vent. Bartabas est orphelin. Recueilli par la femme du gardien du caravansérail, il s’active, toute la journée, dans sa petite veste fourrée de laine de mouton. Il vient de libérer les moutons et les vaches en ouvrant la fine porte de bois retenue par un fil de fer. Profitant de l’absence des bêtes, il creuse le sol de l’enclos à bétail pour former des briques de bouse et de paille qu’il fera sécher au soleil. Une fois durcies, elles serviront, associées à du crottin de cheval, à alimenter le poêle ; ici, rien ne pousse, il faut se débrouiller pour chauffer les maisons en hiver et les yourtes en été. Plus tôt, il avait aidé la femme du gardien à traire les quelques vaches de la famille pour le thé matinal. Plus tard ce sera ce petit homme de 13 ans qui ira récupérer, à pied, le bétail dans les hauteurs. De temps à autre, il rentre dans la maison, enlève ses vieilles chaussures tennis, jette son manteau sur les cousins et boit un thé brûlant avec beaucoup de sucre. Dans quelques jours il participera au montage des yourtes afin d’accueillir les filles mariées du maître qui monteront de Naryn et de Bichkek.

Bartabas, son maître et sa femme vivent dans deux petites maisons de briques reliées par une cour propre, face au caravansérail. La première maisonnette est partagée en deux chambres à coucher, la seconde maisonnette est en réalité une large pièce rectangulaire meublée par un vieux garde-manger en bois, un tapis de feutre usé et une large table basse entourée de cousins colorés. Sur le rebord de l’unique fenêtre de la grande salle, obscurcie par des bandes de plastiques pour calfeutrer les vitres mal jointes, une petite sculpture, un miroir, une paire de jumelle et une radio. Hormis les meubles, un poêle fumant de tôle abîmée crépite dans un coin de la salle. Sous le chauffage, un chat fatigué somnole. Sur la plaque brûlante, quatre bouilloires d’eau bouillante sont gardées au chaud pour le thé, la vaisselle, et la soupe. C’est dans cette pièce que l’on mange, que l’on se repose la journée, que l’on partage le thé et que l’on accueille les visiteurs. Pourtant un silence doux règne dans ce lieu de vie dépouillée, seuls le chuintement de l’eau et le bruissement des bouses qui se consument encombrent l’atmosphère calme et sereine.

Dehors, le vent est toujours sec et froid. Le soleil tape et brûle. Le silence est pur, tel celui imaginé du paradis. Mais dans cet univers vierge, face aux tempêtes de neige et aux immensités inhospitalières, la vie ressemble à une lutte, à un combat pour survivre dans un monde presque inhumain. Un monde d’une merveilleuse beauté, où l’homme n’a pas forcément sa place. Pourtant les habitants de la vallée de Tash Rabat sont heureux et pour rien au monde ils ne quitteraient leurs montagnes. L’étranger qui arrive et découvre cette petite vallée recouverte d’une fine pellicule de neige ne peut qu’être séduit par le calme de l’endroit. Tant de choses marquent celui qui arrive : le lait fort du pis au petit déjeuner, les différentes étapes entre le lait, le beurre rance jaune, la crème fraîche et le kefir, la lampe à huile parfois moderne, parfois fabriquée avec un morceau de ficelle, une traînée d’huile de sésame et une assiette plate, les motifs simplistes et redondants de feutre, colorés et usés par les familles, répétés sans innovation depuis des générations. Hier soir, la lampe à huile vacillée sur les visages tannés et usés. Les yeux profonds et transparents dansaient au rythme de la flamme. Alors que dans la nuit, les voix se faisaient rares, ce matin, un autre monde s’est éveillé. Le gardien, sa femme et l’enfant s’occupent des bêtes, préparent la soupe et mangent leurs lagmans bruyamment. Les montagnes nous appellent, nous préférons sortir. La neige disparaît trop vite et les yaks que nous tentons d’approcher nous fuient nonchalamment.
Emerveillés, nous profitons les paupières plissées, de la beauté de la vallée. Le vent frappe nos yeux, des larmes glissent sur nos joues brûlées.



Texte : EM
Photos : EM & P#



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Partie d’osselets pour les enfants de Kochkor (vidéo)

Kochkor, le 6 mai


Kochkor est une petite ville paisible, entourée de montagnes enneigées, à l’est du lac Song Kul. Après un hiver rude, le printemps est là et la vie renaît dans les rues et les maisons. Les hommes réparent les barrières, les vieillards labourent les potagers. Des jeunes hommes nettoient les petits ruisseaux qui coulent de part et d’autres des rues et les femmes rentrent du marché les cabas chargés. Dans la rue principale qui remonte du bazar, des garçons disputent une étrange de partie de billes. Les billes ont été remplacées par des gros osselets peints de toutes les couleurs. Au sol, à même le goudron, les enfants ont tracés un cercle à la craie blanche. Tour à tour, ils tentent de sortir les 4 osselets placés au centre du cercle. Avant qu’une voiture ne vienne troubler leur partie, je pose mon appareil...


Cliquez ici pour visualiser la vidéo.


Vidéo : P#



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