Le passage de la frontière... retour en Europe !
Tallinn... une capitale comme dans les films romantiques
Une grande polémique autour d’une petite statue presque ordinaire ou l’histoire de tout un peuple
Les jeunes artisans du passage Sainte Catherine
Repos balnéaire sur l’île de Saaremaa
Les soirées d’été en Estonie
1 minute dans un centre commercial estonien (vidéo)
La langue natale de Piret (vidéo)
Le passage de la frontière... retour en Europe !
Saint Pétersbourg - Tallinn, le 29 juin
Nous quittons la Russie comme si de rien n’était et entrons en Europe. Hormis de belles routes d’asphaltes sans ornières et bosses réparées aux frais de l’Union Européenne et les panneaux bleues des autoroutes européennes, rien ne nous prouve le retour dans notre chère Union de pays riches et pacifiques. Les pâquerettes sont de la même blancheur et les arbres du même vert que du côté russe.
Pourtant le Far East est loin maintenant et les Lada ont disparu.
Texte : EM
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Tallinn... une capitale comme dans les films romantiques
Tallinn, le 1er juillet
Tallinn est une bien jolie ville. La capitale est comme il faut, ceparfaite, telle un décor de cinéma. Très propres, les rues pavées de la vieille ville sont envahies de touristes et d’amoureux. Les remparts médiévaux sont juste assez restaurés pour paraître encore anciens. Beaucoup de Tallinois sont partis en vacances ; ceux qui restent sont discrets et esquissent parfois des sourires. Les visages fins et purs des quelques jeunes Tallinois en ville ne peuvent laisser indifférents. Les jeunes filles sexy et aguicheuses de Russie sont bien loin, les anorexiques et les enrobées aussi. Les Estoniens sont d’un type noble et racé, les yeux sont profonds et clairs, les peaux saines, les cheveux fins et lumineux. Tout est en ordre : les bars sont propres, le style Ikea meuble les hôtels, la nourriture est équilibrée et abordable, les jeunes parlent un anglais parfait, la plage est à 20 minutes en bus du centre et on y diffuse du rock et de la bonne techno tout au long de la journée. Tout est bien organisé, indiqué. Tout est simple, et cela est d’autant plus flagrant que nous venons de Russie ! En plus du centre touristique officiel, des jeunes ouverts accueillent les bagpackers dans une tente décorée sur la place de l’Eglise Saint Nicolas et distribuent leurs adresses bon marché. Les jeunes sont responsabilisés et nombreux sont ceux qui travaillent en ville déguisés en fermiers du Moyen-âge sans craindre le ridicule ou comme chauffeur de vélo taxi sans peur de transpirer. Après moins de deux jours dans la capitale, nous comprenons que ce peuple aura bien des choses à nous apprendre !
L’unique problème de l’Estonie est la langue estonienne. L’Estonien ne se rapproche de rien de familier. Viini signifie la vodka et non le vin alors que la bière se dit Ölu... acheter un pot de yaourt ou une boîte de conserve est une épreuve de force quand aucune image ne peut représenter la consistance ou le goût conservé. Alors que nous avions déjà dû nous initier à la langue russe, nous devons à nouveau réapprendre à lire et à parler. Nous imitons et répétons des sons incompréhensibles, comme des enfants. Nous n’avons qu’un avantage pour passer inaperçus : ma blondeur et les yeux bleus de Patricio qui nous font passer pour des Estoniens. Ces mêmes détails nous faisaient passer pour des Russes en Russie.
Texte et photos : EM
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Une grande polémique autour d’une petite statue presque ordinaire ou l’histoire de tout un peuple
Tallinn, le 3 juillet
Près du vieux centre historique de Tallin, comme dans n’importe quelle ville, se tient une statue à la gloire des soldats morts pendant la seconde guerre mondiale. Elle n’est pas très grande ni très belle, c’est juste un soldat debout en tenue de combat, recueilli, le casque à la main. Jusque là, rien de très exceptionnel. Sauf que le soldat porte l’uniforme soviétique et que cette statue de bronze, comme on la surnomme, est depuis quelques semaines au cœur d’une vive polémique entre la population d’origine russe et les nationalistes estoniens. Erigée sous Staline en 1947 au cœur de la capitale devant la Bibliothèque Nationale, la Statue de Bronze symbolise deux choses bien différentes aux yeux des uns et des autres. Pour la minorité russe (25% des habitants), le soldat debout incarne la victoire de l’Armée Rouge sur les Nazis et célèbre tous les soldats soviétiques qui se sont battus durant la seconde guerre mondiale. Pour les Estoniens de souche, ce monument leur rappelle un demi-siècle d’occupation soviétique. Pour eux, mai 45 n’est pas seulement synonyme de la libération du nazisme mais également de l’invasion soviétique et de la déportation de 20 000 Estoniens en Sibérie. Depuis l’indépendance, cette statue cristallise les relations, parfois tendues, des deux communautés.
Mais on n’était jamais allé aussi loin.

Le 9 mai dernier, jour de commémoration de la victoire soviétique, le rassemblement annuel russe a été perturbé par une poignée de manifestants estoniens. De manifestations prosoviétiques en protestations pour le déplacement ou la démolition du monument aux morts, les choses ont empiré. L’apothéose de la polémique eut lieu le mardi 23 mai lorsque le premier ministre estonien, Andrus Ansip, a proposé de déplacer la statue dans un cimetière russe. Après le silence imposé sous le régime soviétique, on a l’impression que l’on peut dire et écrire tout ce que l’on veut en Estonie. Quoi qu’il en soit, après des manifestations nationalistes et des tentatives de saccage, la statue est aujourd’hui cerclée d’une bande « politsei » et placée sous surveillance 24 heures sur 24.
On est samedi. D’un côté du trottoir, une dizaine de policiers, tous d’origine russe, de l’autre, à peine dix manifestants calmes. Lilia, une jeune policière chargée de la surveillance, ne mâche pas ses mots, « ils veulent changer l’histoire, mais ce n’est pas possible. » Comme ses collègues, elle attend, « personne ne sait quoi faire. Ce n’est qu’une question politique. » Du côté des Estoniens, le discours n’est pas aussi calme. Olaf vient depuis 8 semaines faire flotter le large drapeau noir, bleu et blanc de l’Estonie. A ses côtés, une poignée de retraités, rescapés pour la plupart des déportations en Sibérie. Ce jeune homme de 25 ans est partagé : il est là autant en mémoire de sa grand-mère, déportée elle aussi et morte il y a quelques mois, que par devoir. Il garde des bons souvenirs de l’occupation soviétique, mais ne pourra pardonner au pouvoir d’avoir déporté sa grand-mère. Ce jeune nationaliste fait pourtant la part des choses, « je n’ai rien contre les Russes, d’ailleurs hier je buvais un coup avec des amis russes, mais c’est une question de respect pour moi d’être là et de défendre ma patrie ainsi que le souvenir de ma famille. » Rabene, un retraité d’une soixantaine d’années, drapeau estonien épinglé au revers de sa veste, intervient, plus virulent, « c’est de la bêtise cette statue. Les soviétiques ne nous ont jamais apporté de liberté, et nous n’avons été libres que deux jours entre l’occupation nazie et l’occupation soviétique ». Bien que pour Rabene et Olaf cette statue ne soit l’incarnation que de l’occupant et des excès des soviétiques, tout n’est en réalité pas aussi simple. La statue est censée commémorer tous les morts soviétiques sans distinction de nationalités. Le sculpteur, déporté lui aussi par la suite, se serait inspiré d’un athlète estonien réputé. Ce n’est donc pas un soldat russe, mais un soldat estonien en uniforme soviétique. Persuadé que le pouvoir est encore aux mains des Russes, Olaf n’a aucun respect pour le gouvernement. « Le pouvoir ne décide rien, car il a peur des Russes. Derrière les manifestants russes, c’est l’ambassade de Russie qui se cache. » Olaf ne dit pas que la vérité. Ces incidents ont porté atteinte aux relations entre Tallinn et Moscou, en 2005, lorsque le président estonien avait boycotté le soixantième anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale à Moscou. Quoi qu’il en soit, Olaf reste là, droit comme un i, son drapeau à la main. Un jeune d’origine russe passe devant lui, s’arrête et le menace en russe de venir lui faire la peau. Olaf reste impassible, « c’est comme ça depuis le début. Je sais qu’il y a une enquête criminelle à mon sujet, mais ce n’est pas grave. Etre ici est plus important. »
Même si la majorité des jeunes Tallinois se déclarent indifférents à ce conflit, ils admettent que le déplacement et l’éloignement de la statue de Tonismägi* soient nécessaires. Mais céder à la pression ferait passer la décision comme une provocation, comme le souligne Kalle Mulli, un journaliste estonien. Krista Kodres s’engage lui aussi, dans le journal estonien bilingue Posttimes, pour la sauvegarde du patrimoine et tente de calmer les nationalistes : « imaginez que les révolutionnaires français aient détruit les châteaux des Bourbons qu’ils haïssaient en 1789 ou que les révolutionnaires russes aient ruiné le Palais d’hiver ou le Kremlin. Imaginez que l’Estonie ait rasé ses fermes domaniales, symboles de 700 ans d’esclavage (...). L’Union soviétique n’était pas dépourvue de culture. Naturellement, celle-ci n’était pas toujours libre, mais les écrivains écrivaient, les peintres peignaient, les compositeurs composaient et les architectes bâtissaient. Tout n’est pas de la grande culture, mais c’est de la culture tout de même ».
Un peu plus loin, à l’opposé de la délicate statue qui incarne à elle seule les conflits larvés de l’Estonie, le Musée de l’occupation et du combat pour la liberté a ouvert ses portes il y a trois ans. Dans une salle bien construite, dans un style architectural épuré mais calculé, des objets du quotidien sont exposés sans commentaire. Une radio des années 80, un uniforme militaire, l’équipement complet d’un agent du KGB, un tas de roubles, un jouet pour enfant, des affiches d’interdictions des années 40, une vieille Lada, une cabine téléphonique, une collection de valises de carton, des portes de prison, des médailles d’anciens combattants, des passeports de l’URSS, des vestes de déportés en Sibérie... toute une série de vestiges rescapés du nazisme et du soviétisme, les deux idéologies qui ont occupé l’Estonie.
Contrairement à ce que nous avons découvert et appris dans le Caucase et l’Asie Centrale, l’Union Soviétique n’est pas regrettée ici. Au contraire, la domination soviétique en Estonie n’a été, aux yeux des Estoniens, qu’une occupation illégale et violente. Envahie une première fois par l’Armée Rouge en 1940, puis occupée 3 ans par l’Armée Allemande entre 1941 et 1943, l’Estonie est de nouveau conquise par l’Armée Rouge en 1944, ne laissant aux Estoniens le temps de ne vivre libres et indépendants que 5 jours. Comme Olaf ou d’autres ont pu nous le raconter, les Estoniens n’ont jamais invité les Russes et n’ont jamais eu l’impression d’être libérés du nazisme. Au contraire, l’entrée allemande dans le pays en 1941 fut perçue par un grand nombre quasi comme une délivrance. Ce paradoxe expliquera plus tard l’engagement de certains soldats au côté de l’Allemagne pour combattre l’occupant soviétique. Il y a deux ans, Trivimi Velliste, le député du parti d’opposition Pro Patria s’interrogeait « Qui a le droit d’interdire à un pays et à une nation -qui plus est à un Etat- de résister à son ennemi mortel par tous les moyens possibles ? Y compris si ces moyens étaient des armes allemandes ! ». Comparer les deux forces occupantes serait absurde et reviendrait à comparer deux cauchemars.
Bien qu’un quart de la population estonienne soit d’origine russe et russophone, parler russe à un Estonien est encore très mal perçu. Les Russes sont priés de se faire discrets. La construction identitaire de l’Estonie aujourd’hui est délicate pour un pays qui n’a pas été indépendant qu’entre 1914 et 1939 et qui a été, de tout temps, occupé par des puissances étrangères. Etrangement l’adhésion à l’OTAN le 29 mars 2004 a été plus fêtée que l’adhésion à l’Union Européenne le 1 mai. Pourquoi ? Simplement parce que se trouver sous le parapluie de l’OTAN est une manière concrète de se détourner de la Russie et d’oublier ses peurs, alors qu’entrer dans l’Europe effraie : comment ne pas perdre son identité et comment préserver ses traditions lorsque l’on n’est pas plus nombreux qu’une grosse région française ? L’Estonie est le seul pays baltique à avoir, au lendemain de l’indépendance, mis en place un gouvernement exclusivement estophone et à bannir les anciens apparatchiks du pouvoir, et pourtant le Président actuel Arnold Rüütel n’est autre que le dernier président du Soviet Suprême Estonien sous l’URSS. Cependant, l’Estonie réfléchit de manière active et presque objective à la domination russe et aux conséquences du traité secret de Ribbentrop-Molotov. Comment expliquer les différences entre la domination soviétique dans le Caucase, par exemple, et dans les Pays Baltes ? La géographie pourrait-elle tout expliquer et l’adage « plus on est loin de Moscou, mieux on se porte » serait-il vrai ? Le pouvoir avait-il besoin d’apaiser les terres multiethniques du Caucase ou de préserver ses richesses naturelles ? Les pays Baltes, en ayant connu l’indépendance et la démocratie, étaient-ils perçus comme rebelles par le Kremlin ? Des études supplémentaires seraient nécessaires pour répondre à de telles questions. Mais pour le moment de telles questions ne servent à rien ; l’Estonie a souffert et c’est l’essentiel à leurs yeux.

Aujourd’hui, le pays se construit et se trouve. Mais le peuple Estonien ne pourra totalement se relever tant que l’occupation soviétique ne fera pas véritablement partie du passé ; et les évènements autour de la statue de bronze mettent en évidence l’impossibilité de tourner la page autant pour les Russes que pour les Estoniens et d’apprendre à vivre ensemble. Mais comment pardonner quelque chose lorsque personne ne demande pardon ? C’est la question que posaient il y a quelques jours certains journalistes à l’occasion de l’anniversaire de la déportation des Estoniens en Sibérie (14 juin 1941). Dans Parnu Postimees le 17 juin, on pouvait lire « nous voulons que la Russie, en tant que majeure partie de l’ex-Union, reconnaisse les crimes de l’URSS et demande pardon à ses anciens peuples. Alors on pourra pardonner aux Russes et leur exprimer notre compassion. » Mais qui pourrait s’excuser au nom d’une Union morte ? Car l’Etat occupant n’existe plus. C’est là le cœur de l’ambivalence du pardon souhaité. Alors que la Russie se considère l’héritière de l’URSS lorsqu’il s’agit des biens soviétiques et des prouesses techniques, cette dernière refuse de reconnaître sa responsabilité pour les crimes de l’époque stalinienne. La Russie se présente comme le successeur en droit de Lénine mais refuse de prendre sa part de culpabilité dans les crimes de Staline.
* Cœur historique de la vieille ville
Reportage : EM & P#
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Les jeunes artisans du passage Sainte Catherine
Tallinn, le 8 juillet
Le passage Ste Catherine est une des rues les plus agréables de la capitale estonienne, et un lieu réputé de production artisanale. Il y a 10 ans, il n’y avait pas grand-chose dans cette petite ruelle pavée ; l’atelier principal où l’on trouve maintenant patchworks traditionnels, chapeaux, écharpes multicolores, livres reliés de cuir et robes en lin était un large entrepôt pour les décors du Théâtre National. Petit à petit les ateliers ont été rachetés par des associations, puis par des artisans indépendants. Dans des ateliers restaurés par leurs soins, on rencontre toutes sortes d’artisans : des souffleurs de verre aux chapeliers en passant par des potiers et des céramistes. Depuis quelques années, Tallinn est une capitale en matière de d’arts appliqués et de design ; que ce soient pour ses luminaires, son mobilier ou encore ses textiles, le design estonien a réussi à se frayer un chemin jusqu’au marché international.
Jane, 24 ans, et Jarõna, 25 ans, travaillent toutes les deux à la galerie de céramique en tant que jeunes diplômées de l’Académie des Beaux-Arts de Tallinn. Pourtant elles sont déjà presque des anciennes, car elles pratiquent la céramique et la sculpture depuis environ 6 ans. Enfant, Jarõna savait qu’elle deviendrait céramiste parce que, précise-t-elle, elle ne sait rien faire d’autre et qu’elle ne tiendrait pas « derrière un bureau ». Le parcours de Jane est différent. Au départ, elle n’était qu’une simple vendeuse polyglotte, puis pour faire passer le temps, elle a commencé à sculpter des petites pièces. « Ca m’a pris, je suis rentrée à l’Académie et maintenant c’est mon quotidien ». Dans l’atelier de reliure et de travail du cuir un peu plus loin, on aime dire que l’artisanat est une maladie contagieuse... Avoir une place dans un atelier du passage Ste Catherine est une opportunité réservée à quelques chanceux. Les autres diplômés de l’Académie deviennent professeurs ou se recyclent dans un autre domaine plus facile comme le design ou la publicité. Alors que dans l’atelier de cuir, rares sont les jeunes qui créent et qui innovent, Jane et Jarõna sont entièrement libres de leurs productions. La propriétaire des lieux, une ancienne, réalise ses propres objets et conseille les filles lorsqu’elles le demandent. Jane a dû mal à vivre de sa production alors que Jarõna y arrive, car elle vit chez ses parents. Toutes les deux ont connu les hivers rudes où l’on vend peu, « mais si on est un artisan doué, on peut vendre assez l’été pour tenir l’hiver ». Les bons étés sont rares et souvent un petit boulot supplémentaire est nécessaire à la fin du mois. Mais le fait d’avoir une place dans un atelier est essentiel pour la confiance en soi des jeunes artisans. Selon Rannamets, la propriétaire de l’atelier de cuir et la plus ancienne de la rue, un jeune artisan a besoin de côtoyer les acheteurs pour prendre confiance en sa production. « Lorsqu’on embauche un jeune artisan, c’est une manière de lui prouver que son artisanat a de l’importance et qu’il peut être respecté comme artisan. Lorsqu’il travaille en public, à l’intérieur de la boutique, il partage avec celui qui achète et comprend que son style peut-être apprécié. Il comprend qu’il peut avoir un rôle. Les jeunes en atelier se sentent donc rassurés et ont une meilleure chance de s’en sortir par la suite, s’ils veulent s’établir à leur compte. »

Jarõna et Jane dans l’atelier de céramique
Dans l’ensemble des ateliers de cette petite ruelle artistique, on retrouve le même type de production d’inspiration scandinave : un style épuré, des formes simples et des couleurs naturelles. Contrairement aux idées reçues, les touristes ne sont pas les seuls acheteurs de ces œuvres. Les Estoniens représenteraient entre 40 et 50% des clients selon nos deux jeunes céramistes. Alors que nous découvrons l’atelier de travail du cuir, une jeune femme d’affaires achète un petit cahier relié pour un cadeau d’entreprise. Cette jeune fille apprécie ces œuvres uniques, « c’est un bon cadeau pour les amis et pour les étrangers, explique-t-elle, c’est typiquement Estonien et c’est fait à la main ». La réalisation à la main d’un produit unique touche les Estoniens. Réputés proches de la nature, ils aiment l’authentique. Ils apprécient le caractère original de l’objet. Selon Jane, les Estoniens, comme les touristes, ne trouvent pas ce qu’ils cherchent dans les magasins de souvenirs remplis de « matriochkas, de produits russes et de cuillères en bois réalisées à la chaîne ». Pour Jarõna, c’est aussi une réaction à la standardisation et à l’uniformité des biens et des meubles sous l’URSS. Les gens sont attirés par les pièces originales et uniques après avoir eu les mêmes lampes ou les mêmes assiettes que leurs voisins pendant 50 ans. « C’est devenu une mode aujourd’hui. Par exemple, les gens se sont lassés du vert et de l’orange, ils veulent des couleurs pures et naturelles. » C’est vrai que les productions du passage Ste Catherine ne sentent pas l’usine ni le travail à la chaîne. Chaque pièce est façonnée à la main avec soin et attention. D’après Rannamets, les personnes qui utilisent ses blocs notes et ses carnets sentent « une énergie particulière dans le cuir. C’est différent d’écrire dans un cahier relié à la main ou dans un bloc-notes de supermarché. Quelque chose de l’artisan et de son long travail se dégage de l’objet. »

Jarõna et Jane concentrées
Reportage : EM & P#
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Repos balnéaire sur l’île de Saaremaa
Kuressaare, le 14 juillet
Le 14 juillet inquiète et ravit la France. Les violences lors des rassemblements semblent de plus en plus ordinaires. On s’en inquiète alors que le Liban est coupé du monde et qu’Israël ne semble pas prêt à négocier. Nous sommes bien loin de tout cela, très loin. Seule l’actualité suivie sur Internet nous permet de rester au courant des faits divers français et du cours du monde. Pour quelques jours, nous sommes à Saaremaa, loin des feux d’artifices, du vin rouge et du camembert. Pourtant nous sommes bien ici, et rien ne nous fait regretter la réception de l’ambassade à laquelle nous aurions pu nous faire inviter.

Saaremaa est une petite île calme. En ce mois de juillet, le soleil est au rendez-vous et nombreux sont les jeunes familles estoniennes et les finlandaises qui viennent y passer leurs vacances. Sur la plage, les vieilles femmes habituées et résidentes de Kuressaare se mêlent aux jeunes filles en bikini et aux enfants de la ville. En fin de journée, alors que les familles remontent de la baignade, des femmes âgées descendent sur le sable, se déshabillent en vitesse, font quelques brasses et viennent se reposer sur la plage juste le temps de sécher et de reprendre leur respiration. Parfois elles sont accompagnées de leurs petits enfants. En ville, on prend le temps de vivre, en short et en débardeur. Les rares terrasses de cette petite bourgade sont envahies à toutes heures par des jeunes épanouis et bronzés.
Depuis notre arrivée en Estonie il y a maintenant 2 semaines, nous nous étonnons d’être en Europe après tant de mois passés à l’Est. Les petits riens, souvent reliquaires d’une URSS disparue, auxquels nous nous étions habitués paraissent bien loin. Où sont les tuyaux de gaz en plein air à côté des routes et au-dessus des carrefours ? et les housses de couettes faites de deux draps cousus et percés au centre dans lesquelles on enfilait une vieille couverture ? et les machrutkas, les samovars et les bouteilles de vodka glacée ? Où sont partis les marchands de glace que l’on trouvait à tous les coins de rues et les écriteaux en cyrillique ? et les châles fleuris des babouchkas et les costards démodés des hommes sans âge ? et les rideaux et les dessus de lits décorés de fleurs kitsch et de formes géométriques ringardes ? Où trouver un produkti ouvert toute la nuit et pourquoi ne puis-je plus acheter des cigarettes à l’unité ? et un hôtel Intourist sale et bon marché ? Où sont passées les Lada et les UAZ ? et les bus qui partent seulement lorsqu’ils sont pleins et les taxis de Monsieur tout-le-monde que l’on trouvait dès que l’on en avait besoin ? et les étoiles soviétiques, les faucilles, les statues de Lénine et les rues Karl Marx ?
Peut-être retrouverons-nous en Biélorussie ces détails ordinaires qui nous étaient devenus si tendres, si nous obtenons le visa d’entrée dans la dernière dictature d’Europe... Heureusement il reste encore quelques babouchkas à Tallinn qui vendent des petits bouquets de fleurs champêtres à côté des fleuristes chics et des vieilles Russes qui proposent vieilles robes et vieilles sandales à la sortie du T-market. Et puis on compte encore les étages à la manière russe et non à l’occidentale. Cependant, les marchands ne convertissent plus les prix en dollars comme à l’est mais en euros. Ici, dans ce nouvel adhérent européen, tout est si bien organisé ! Les self-services sont efficaces, les femmes d’hôtel serviables et souriantes et les jeunes polis. Pourtant nous n’arrivons pas à lier connaissance. La politesse est là, seule, sans curiosité ni chaleur humaine. Nous savions les Estoniens réservés, mais indifférents nous ne le pensions pas. Nous regrettons de n’avoir pu être invités chez l’habitant pour passer une véritable soirée estonienne. Peut-être ne sommes-nous pas restés assez longtemps pour laisser le temps à la glace de fondre ? Ou peut-être est-ce dû à une certaine fatigue du voyage qui fait que nous sommes blasés, exigeants et fainéants à la rencontre lente ? A moins que ce ne soit à cause de l’été et de l’afflux de touristes...
Texte et photos : EM
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Les soirées d’été en Estonie
Parnü, le 15 juillet
Parnü, ville jeune et active porte bien son surnom de capitale d’été de l’Estonie. Alors que Saaremaa est le rendez-vous des familles et des jeunes couples avec enfants, les adolescents et les fêtards se retrouvent à Parnü. Que l’on soit une star de la chanson ou un jeune cool, on se doit de venir, tout du moins quelques jours, à Parnü. Ses bars, ses discothèques face à la mer, ses parcs et sa mer attirent et la plage de sable fin à 10 minutes du centre ville a tous les atouts nécessaires pour convaincre les dubitatifs.

Toute l’après-midi, la longue plage ensoleillée est envahie de jeunes filles bronzées en bikini et de garçons blonds en caleçons longs aux couleurs d’Hawaï. Les bandes d’adolescents quittent doucement le sable et les terrains de beach-volley pour rejoindre le supermarché. Il est 19h. Il est temps d’acheter chips, bières et alcool pour la soirée. Les plus aisés achèteront même des grillades pour le barbecue du jardin. A la sortie du Kaudabas tout le monde s’oriente dans la même direction : celle de la baie.
Ce soir, la plage de Parnü promet d’être animée. En effet, outre un concert de rock estonien, la finale de beach-volley entre l’Estonie et la Lituanie a lieu. Il est 22h et les planches le long du Golf de Finlande sont pleines à craquer. Des jeunes couples, des femmes enceintes, des familles, et surtout des adolescents sont là pour écouter Smilers, un groupe d’hard rock estonien Dans un huit clos de bâches plastique, face à une mer aux allures de lac, des bandes de jeunes dansent, s’embrassent et boivent jusqu’à plus soif, jusqu’à s’étaler dans le sable. L’alcool coule à flot. Tous les jeunes estoniens semblent s’être donnés rendez-vous. On avale à grosses bouchées burgers et frites achetés dans les roulottes installées dans le parc le long de la promenade. On oublie les examens, on oublie les études. On ne pense à rien d’autre qu’à faire la fête, qu’à frimer et qu’à flirter. Quelques hommes sont déjà ivres, ils avancent titubant entre enfants en bas âge et jeunes filles excitées. Personne n’est agressif, au contraire, l’ambiance serait presque bon enfant. La soirée ne fait pourtant que commencer. La discothèque Sun Set sur la plage vient d’ouvrir ses portes et une longue queue ordonnée et calme attend d’entrer. Les jeunes filles sont jolies, sexy et sages. Les garçons friment et appellent leurs amis avec leurs téléphones portables. Dans quelques minutes, un feu d’artifice viendra clore ce concert organisé par une chaîne radiophonique et la finale de Beach-volley pourra commencer. Dans quelques minutes, l’Estonie sera le vainqueur et la soirée pourra continuer. Sûrement jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au petit matin, mais nous ne pourrons vérifier. Nous sommes déjà sur le chemin de notre auberge de jeunesse où des jeunes filles en fleur se préparent pour, quant à elles, commencer leurs soirées.
Texte et photos : EM
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1 minute dans un centre commercial estonien (vidéo)
Tartu, le 17 juillet
Au sud est du pays, Tartu, ville universitaire depuis le 17ème siècle, est réputée plus estonienne que Tallinn. En cette période estivale, les étudiants sont en vacances, mais les cafés, les magasins, et les rues piétonnes sont encore là... Au bout de la rue Küüni, entre la gare et la Raekoja Plats (la place centrale) se dresse l’impeccable Kaubamaja Department Store, évolution contemporaine et architecturale de l’ancien Tsoum soviétique.
Les bazars d’Asie Centrale et du Caucase sont loin. Les produkti et les vendeurs à la sauvette de Russie aussi. Nous devons à nouveau nous apprivoiser avec les supermarchés et les centres commerciaux à l’européenne : grandes vitres, carrelage brillant, musique d’ambiance, lumières calculées... Tous les éléments marketing sont réunis pour faire chic et attirer les clients.
Dos au magasin Sportland qui affiche des soldes de 60%, je pose mon appareil...
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Vidéo : P#
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La langue natale de Piret (vidéo)
Tartu, le 18 juillet
L’estonien est une langue étonnante de la branche finno-ougrienne. L’estonien possède deux dialectes principaux : le dialecte du nord, ou de Tallinn, est utilisé dans la majeure partie du pays et constitue le fondement de la langue littéraire moderne ; le dialecte du sud est pratiqué depuis Tartu en direction du sud.
Lorsqu’on entend parler estonien, il est impossible de comprendre le moindre mot. Parfois on perçoit une sonorité qui pourrait rappeler l’espagnol ou encore le japonais. Mais il n’en est rien. L’Estonien est bien une langue à part.
Entendre parler estonien est une expérience unique qui peut affoler ou faire rire. Nous avons demandé à Piret de vous la faire découvrir...
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