Passage d’une frontière dérisoire
Le Musée des occupations et les souffrances d’un peuple...
1 minute au Skyline Bar de Riga (vidéo)
Les cadenas de l’amour
Cap Kolka, le rendez-vous du Golfe de Riga et de la mer Baltique
Liepaja, sa plage, son marché et surtout son hôpital...
1 minute au marché de Liepaja (vidéo)
Andrejsala : nouveau centre culturel de Riga
Passage d’une frontière dérisoire
Tartu - Riga, le 19 juillet
L’Europe n’a plus de frontière ; nous le savions mais nous l’avions presque oublié. Après tant de frontières traversées, nous nous étonnons que la garde frontière ne jette qu’un coup d’œil si rapide et désintéressé à nos cartes d’identités. A peine un regard, aucun tampon ni contrôle d’identité et nous voici en Lettonie. Nous avions aussi oublié que les distances pouvaient être aussi courtes et aussi vite parcourues. En moins de 4 heures nous sommes à Riga ; en quelques minutes un minibus nous emmène dans le quartier de notre auberge. Notre minicar a l’allure d’une machrutka mais ici on appelle cela un taksobuss, moyen comme un autre de renommer les vestiges de l’URSS avec des appellations nationales. Notre hôtel a l’allure d’un hôtel de périphérie et la fonction d’un intourist, mais il est propre et les vieilles femmes de l’accueil parlent un mélange agréable d’allemand, d’anglais et de russe, une combinaison qui nous rassure, nous autres voyageurs de l’ex-URSS. Nous retrouvons aussi d’ailleurs les clients des anciens hôtels intourist, ces hommes silencieux et russophones capables de passer toute une soirée devant la télé du hall en fumant des cigarettes.
Riga est une bien jolie ville.
Ni trop moderne ni trop propre. Peut-être juste un peu trop restaurée et reconstruite. A l’entrée de la vieille ville, la grande statue de la liberté aux trois étoiles accueille l’étranger et le Letton avec solennité. Sur la place centrale, la maison des marchands noirs détonne presque à côté d’une mairie trop neuve et d’un musée des occupations trop massif. Cependant il est agréable de déambuler dans les petites rues piétonnes de la vieille capitale lettonne ; on en oublie rapidement les restaurations excessives. La ville moderne est presque plus agréable car plus lettone mais les touristes préfèrent la vieille ville. L’Art Nouveau éblouit sur les bâtiments sculptés et décorés et les boutiques de mode côtoient les bars design et modernes. En début de soirée, on y entend du rock, du métal ou du jazz. On croise, dans les rues pavées encombrées, des jeunes coiffés de dreadlocks colorés ou maquillés de tatouages et de piercings. Les Russophones comme on les appelle (alors qu’on devrait les appeler les Slavophones) sont là, plus nombreux qu’en Estonie*. On reconnaît aisément les jeunes filles russophones (sans pour autant savoir si elles sont d’origine russe, biélorusse ou ukrainienne...) à leurs tenues vestimentaires très féminines, leurs talons hauts et leurs jupes courtes. Parfois, dans les nombreux bars et clubs où est tolérée la vente de charmes féminins, on peut entrevoir depuis la rue, des jeunes femmes en sous-vêtements danser sur le zinc des bars afin d’attirer l’homme seul ou les jeunes excités. Ici comme à Tallinn où la bière n’est pas chère et les jeunes filles gracieuses, les Anglais viennent enterrer leur vie de garçon ; on les reconnaît, on les évite et les tenanciers de bar préfèrent souvent leurs interdire l’entrée.
* Les Russophones sont présents à hauteur de 34% environ en Lettonie et à hauteur de plus de 52% à Riga.
Texte et photo : EM
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Le Musée des occupations et les souffrances d’un peuple...
Riga, le 21 juillet
Plus visible et plus laid que le Musée de l’occupation et du combat pour la liberté de Tallinn, le Musée des occupations de Riga, sur la place de la Mairie, ne peut passer inaperçu. Les multiples carrés biseautés de ce bloc de béton brunâtre tranchent avec l’or du bâtiment des têtes noires et avec les couleurs pastel du quartier historique. A l’indépendance, on a hésité à démolir l’édifice assez hideux installé ici par les Soviétiques, on l’a finalement conservé et transformé en musée de commémoration des trois occupations successives qui ont frappé la Lettonie entre 1940 et 1991. L’intérieur est différent du musée de Tallinn, moins interactif, plus fourni et plus détaillé, il est aussi plus dérangeant.

A l’entrée du musée, figurent côte à côte deux larges photographies en noir et blanc : la première représente l’armée rouge et Staline ; la seconde l’armée nazie et Hitler. Côte à côte, on retrouve les deux hommes qui se sont disputés les pays baltes après s’être associés pour se les partager. Les deux tortionnaires qui ont scellé l’avenir de cette région du monde pour cinquante ans se saluent face à face pour l’éternité. Ces deux photos suffisent à placer les occupations nazie et soviétique sur le même pied d’atrocités et de barbarie. On entend souvent dire que l’importante minorité russe de Lettonie est choquée par ce rapprochement explicite ; on oublie que les Russes furent les premières victimes du stalinisme.
Dans ce musée sans charme, on découvre le calvaire qu’a subi la Lettonie, à l’image de ses voisins, pendant plus de cinquante d’occupation illégale et violente. Envahie par l’armée soviétique en 1940 après la signature du pacte germano-soviétique par Staline et Ribbentrop, la Lettonie deviendra dès lors, contrainte et forcée, une des républiques de l’Union soviétique ; bien vite les collectivisations forcées, les persécutions religieuses, les massacres et les déportations suivront. L’entrée de l’armée nazie en juillet 1941 à Riga et la critique ouverte du traité secret Molotov-Ribbentrop sont accueillies avec joie. Croyant se libérer du joug soviétique, de nombreux Lettons s’enrôlent aux côtés de la Wehrmacht ; on espère alors que l’Allemagne nazie sera moins pénible que l’URSS. Les Nazis ne manquent pas de jouer sur cette ambiguïté. Les déportations et les tueries juives ne tardent pas. En 1944, à la veille de la défaite allemande, Moscou reprend possession de la Lettonie. Au lendemain de la guerre, les pertes humaines sont énormes : un tiers de la population lettone est morte, déportée ou en exil. Malgré la résistance armée des « frères de la forêt », la Lettonie est peu à peu « normalisée ». L’alignement économique, politique, social et culturel devient complet, la langue russe devient la langue officielle et tous les postes à responsabilités sont confiés à des Russes. La mort de Staline calmera les choses, mais il faudra attendre la politique de perestroïka menée par Mikhaïl Gorbatchev dans les années 80 pour que les peuples baltiques puissent croire à nouveau à une possible indépendance. Les rassemblements écologiques, les commémorations de déportations, les concerts en langue nationale et les manifestations culturelles pro-baltes se multiplient. Nombreux sont les jeunes qui se souviennent de l’immense chaîne humaine qui rallia Tallin à Vilnius le 23 août 1989, cinquantième anniversaire de la signature du pacte Molotov-Ribbentrop. Ils avaient alors entre 3 et 15 ans, étaient juchés sur les épaules de leurs pères ; ils se souviennent encore, émus, de l’effervescence qui régnait dans la foule ce jour-là. Enfin, le 4 mai 1990, la Lettonie proclame son indépendance ; elle ne sera reconnue par l’URSS qu’en septembre 1991.
.../...
Comme dans tous les pays de l’ex-URSS, il y a encore des russophones en Lettonie, plus qu’ailleurs. On les appelle « russophones » afin d’englober tout le monde dans cette appellation inexacte (ukrainien, géorgien, tchétchène, biélorusse, russe, polonais...). Lorsqu’un jeune Arménien rencontrait une jeune Polonaise à Riga en 1950, le russe était leur seule langue commune. Ils n’avaient rien de russe, ils étaient soviétiques, pourtant ils ont appris le russe à leur enfant. Cet enfant a été contraint d’apprendre le letton en 1991 lorsque cette langue est devenue langue officielle. C’est le cas de nombreux jeunes de Riga. Souvent assimilés à des Russes, ils ne le sont pas, ils sont seulement russophones. Le nombre important de Russophones présents en Lettonie et surtout à Riga explique en grande partie l’ambiguïté relationnelle qui existe encore aujourd’hui entre Lettons d’origine, Lettons d’assimilation et russophones apatrides. L’opposition et la résistance au pouvoir soviétique en Lettonie a été plus importante qu’en Estonie ; la répression aussi.
Qu’ils soient 100% russes et arrivés en 1970 ou biélorusses, ukrainiens ou polonais et arrivés à la fin du 19ème siècle, les Russophones incarnent encore aux yeux de nombres de Lettons, la présence physique d’une force coloniale et les petits soldats d’une occupation illégale. Minorité importante que l’on préfère ignorer, les Russes savent pertinemment que la vie est plus agréable en Lettonie qu’en Russie. Rares sont ceux qui souhaitent rejoindre leur mère patrie. Etrangers en Russie avec un accent balte, et étrangers en Lettonie avec un accent russe, ils ne sont ni d’ici ni de là-bas, même si la Lettonie est le pays de leur enfance, de leurs souvenirs et de leurs amis. D’un autre côté, les Lettons, après avoir été déportés et écrasés par le pouvoir soviétique, sont aujourd’hui coupables d’un certain non-respect de la politique des minorités européennes*. On assiste à une véritable crispation identitaire autour de la souffrance vécue de la part du peuple letton. Chaque famille lettone connaît un survivant de Sibérie, un mutilé, un disparu... Les Lettons ne peuvent oublier une douleur trop récente et ne peuvent considérer les Russes ou Russophones de Lettonie comme des frères de souffrance. Les Russophones resteront russes et une perception sur émotive du passé biaise la relation des deux communautés.
En outre, les Lettons se sentent marginalisés dans leur propre pays. Les Russophones représentent encore près d’un tiers de la population. Le pays a besoin que les communautés internationale et européenne reconnaissent les malheurs lettons ; alors, ce musée des occupations est un moyen comme un autre de parler de ses souffrances et d’afficher son calvaire aux yeux de tous pour prendre à témoin autrui. Malheureusement, aujourd’hui, le peuple letton n’a pas les moyens de faire le travail de mémoire et de recherche qu’ont pu faire l’Allemagne et le peuple juif, nécessaire à tout peuple qui a traversé une telle épreuve. L’implosion de l’URSS est récente et personne n’a suffisamment de recul pour tenir un discours impartial sur l’histoire. Et puis, c’est la même question qui revient sans cesse : comment tourner la page lorsque personne ne demande pardon ?
Dans la vie de tous les jours, on perçoit moins de violence à l’égard des Russophones à Riga qu’à Tallin. Pourtant il y a peu de mélange social, on se marie peu entre communautés et certains bars ou discothèques sont connus pour être plus lettons que russes et l’inverse. Les Russophones, arrivés dans l’ex-république soviétique de Lettonie pour la majorité lorsque le pays était sous pouvoir soviétique (c’est-à-dire entre 1940 et 1991) ont perdu leur passeport soviétique après la disparition de l’URSS. Aujourd’hui deux types de passeports coexistent : les passeports bleus estampillés Union Européenne et République de Lettonie ainsi que les vieux passeports rouges de l’URSS, appelés aussi passeports gris en raison de la référence à une union fantôme. En 1995, sous la pression des Européens, une nouvelle loi a été adoptée dans la république, loi qui permet l’obtention de la citoyenneté lettone après la réussite d’un examen de langue lettonne et d’histoire du pays pour toutes les personnes résidant dans le pays depuis plus de 5 ans. Mais les cours sont chers et peu de Russophones estiment devoir apprendre cette langue, alors qu’ils peuvent vivre en russe à Riga comme ailleurs. Un jeune de 30 ans peut, encore aujourd’hui, avoir obtenu la citoyenneté lettonne après examen et avoir inscrit sur ses papiers comme nationalité : juive, russe, arménienne... La nationalité, selon la conception de nationalité sous l’Union soviétique, renvoie à l’appartenance à un peuple ou à une origine ancienne et non à l’appartenance à une nation étatique. Tristement, à la veille de l’adhésion à l’Union européenne le 1er mai 2005, encore 487 000 personnes étaient apatrides en Lettonie.
* Les Russophones, contrairement au droit des minorités ethniques de rigueur dans l’Union Européenne, n’ont pas le droit de recevoir une instruction dans leur langue maternelle, hormis pour certains lycées. Bien que le russe ne soit pas admis comme langue de communication officielle par l’administration, on peut passer son permis de conduire en russe.
Texte et photo : EM
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1 minute au Skyline Bar de Riga (vidéo)
Riga, le 22 juillet
Au 26 ème étage du très chic Hôtel Reval de Lettonie, le Skyline bar est un lieu prisé. L’endroit est glamour et à la mode. Les touristes viennent y prendre des photos lorsque le soleil se couche sur la vieille ville, les milliardaires Russes y boivent des coupes de champagne et les plus lettons y sirotent des cocktails à base du Rigas Melnais Balzâms (Black Balsam Riga), fameuse liqueur lettone fabriquée depuis 1755 avec des écorces de chênes, des pelures d’oranges, d’armoises, des fleurs de tilleuls et 25 autres ingrédients magiques dignes des contes de fées.
Accroché au mur, un écran plat diffuse des chaînes américaines pendant que les couples et les bandes d’amis s’affalent dans les larges canapés de velours beige. Alors que le soleil commence à s’enfoncer derrière la ligne d’horizon, je pose mon appareil...
Cliquez ici pour visualiser la vidéo.
Vidéo : P#
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Les cadenas de l’amour
Riga, le 23 juillet
Au détour d’un parc vert près d’Elizabetes iela, un petit pont sans prétention surplombe le canal Pilsëtas. Ce pont quelconque est réputé pour les photos d’amoureux et les baisers langoureux. D’où cela vient-il ? Personne ne le sait... Sur les rambardes du pont de ciment, des dizaines de cadenas sont refermé sur les tiges de métal qui soutiennent la rampe. Attachés là au jour du mariage, ils sont tous gravés au nom d’un couple uni pour l’éternité : E et T, N et A, Sergueï et Krizstina, Igor et Ania, Liz et un inconnu au prénom effacé...
Texte et photo : EM
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Cap Kolka, le rendez-vous du Golfe de Riga et de la mer Baltique
Kolka - Liepaja, les 30 et 31 juillet
C’est au Cap Kolka que les vagues du Golfe de Riga et de la mer Baltique se rejoignent. Tout au nord de la région de Kurzeme, ce petit bout de plage de sable blanc, encadré d’une forêt propre et paisible de pins pourrait ressembler à une plage paradisiaque. Le sable est malheureusement un peu trop sale pour que l’on se croit en Bretagne, pourtant l’odeur de pins et de bruyère pourrait nous l’évoquer. Les morceaux de bois, les mégots de cigarettes et les coquillages cassés n’arrêtent pas les Lettons et les Russophones qui apprécient de se prélasser sur de vrais draps plutôt que sur des serviettes de bains et se baigner aux confins des mers pour y puiser une énergie, paraît-il particulière.
Dès que l’on quitte la pointe à proprement parlée et les curieux venus pour la journée pique-niquer aux rendez-vous des vagues, la longue plage déserte est abandonnée aux mouettes. Même si l’usine de conservation de poissons de Kolka fonctionne encore, les barques des pêcheurs dorment, négligées, sur le sable. Dans les terres, les petites maisons de bois sont bien entretenues et les potagers garnis de tomates, de coloquintes, de framboises et de groseilles. Des vieux messieurs ridés taillent leurs petits champs à la fourche et la paille pour le fourrage est rangée en tas dans les champs exigus alors que les larges champs sont recouverts de larges ballots ronds protégés de plastique.
Nous quittons la ville, direction Liepaja, au sud du pays. Les changements de bus sont nombreux et il aurait été plus commode de repasser par la capitale pour repartir à l’ouest. Nous traversons les campagnes cultivées de blé, d’orge et de colza. Des cigognes parsèment les champs fraîchement moissonnés et leurs nids occupent les hauts des poteaux téléphoniques. Quelques kilomètres plus loin, toujours plus au sud-ouest, des éoliennes légères et gracieuses donnent un air surréaliste et ultramoderne à une prairie. Certains villages traversés étonnent par rapport à la richesse des rues de Riga, les maisons sont abîmées, les immeubles soviétiques et les visages tristes. Nous nous croyons dans un autre pays. Ce long voyage en bus à travers la Lettonie nous fait réfléchir. Malgré leurs richesses, les pays baltes nous lassent. Le temps nous paraît long et les aventures exotiques du Grand Est se sont évanouies et nous manquent. Qu’il nous paraît étrange et convenu de voyager en été dans des pays si proches de nous et si paisibles. La modernité et la facilité de déplacement dans les pays baltes nous abrutissent. La rareté du voyageur et la différence de l’autre qui attirent et facilitent la rencontre dans certains pays ont disparu. La curiosité de l’étranger, si agréable au-delà de Moscou, est absente de ces pays comme dans tous les pays modernes. Les cérémonies du thé ou du plov nous paraissent bien loin. Les souvenirs des soirées d’accueil si chaleureuses organisées pour le visiteur toujours bienvenu nous manquent.
Mais Liepaja, nouvelle destination sur notre route de l’ex-URSS, nous attend. Une nouvelle fois, nous rassemblons notre énergie et, ravis de découvrir une nouvelle bourgade, nous rechargeons nos sacs et réveillons notre curiosité. La soirée est déjà bien avancée. Rapidement, nous dînons en ville dans un restaurant qui nous paraît bon marché. Le soleil se couche sur le port commerçant. Exténués, nous préférons nous coucher tôt et garder pour demain la découverte de la ville balnéaire.
Texte et photos : EM
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Liepaja, sa plage, son marché et surtout son hôpital... ,
Liepaja, les 3 août
Par un malheureux hasard, notre visite de Liepaja a été un peu gâchée par une crise d’appendicite aiguë, imprévisible qui nécessitait une opération immédiate. Hier, le 2 août, Patricio et moi sommes montés dans notre première ambulance. Arrivés à l’hôpital, j’inaugurais mon premier fauteuil roulant, alors que Patricio tentait de se débrouiller pour comprendre ce qui se passait autour de nous. Le letton n’est pas une langue facile, et à l’hôpital de Liepaja rares sont les membres de l’équipe médicale qui parlent russe. Finalement, un grand et beau chirurgien, sûrement cousin éloigné du Docteur Ross d’Urgences et parlant suffisamment anglais pour que l’on comprenne que l’opération était inévitable et urgente, s’occupe de moi. L’opération arrive trop vite pour que je m’en rende compte alors que Patricio, jonglant entre le letton, le russe, l’anglais et le français commençait sa course poursuite. Je me souviens juste de la seringue, du pseudo-Docteur Ross qui me parle de Zidane et des lampes qui dansent au-dessus de ma sexy robe d’opération. Pendant que je somnole dans un état second d’anesthésie et de morphine, Patricio continue sa course contre la montre. Tout commence à l’hôtel où il entreprend de vider notre chambre pour économiser ainsi une nuit non payée d’ avance ; il lui faut ensuite contacter l’assurance de ma carte bleue pour qu’elle avance les frais, revenir à l’hôpital pour me rassurer et me prendre la main, sans oublier de descendre au foyer du rez-de-chaussée pour se réconforter, seul, d’un café noir et chaud, repasser par la cabine téléphonique de l’accueil pour tenir au courant l’ambassade et annuler nos rendez-vous du lendemain à Riga, téléphoner de nouveau à l’hôtel pour réserver une chambre simple parce que les infirmières lui interdisent de dormir à l’hôpital, voir le gentil chirurgien pour s’informer de l’opération et sympathiser avec certaines infirmières russophones et s’assurer de leurs gentillesses, redescendre une dernière fois au téléphone du hall pour annuler la chambre simple car le médecin l’autorise finalement à dormir dans ma chambre. Pendant tout ce temps, je dormais profondément.
Quoiqu’il en soit Liepaja, à mes yeux, se limite à 3 choses : au pseudo-docteur Ross, à ma chambre d’hôpital et à notre chambre d’hôtel. Pour Patricio, Liepaja comporte aussi deux ou trois infirmières maternelles et aimables, un hôpital agréable grâce à son foyer avec café et fleuriste du rez-de-chaussée, la cabine téléphonique de la salle d’accueil de l’hôpital, le supermarché LeaderPrice, le port qui mêle paquebots et bateaux à voiles et le café Internet près de la place centrale. Nous qui voulions visiter les églises et la basilique de Liepaja, nous n’aurons plus qu’à revenir ; mais si l’on oublie l’indésirable appendicite, le grand marché de fruits et de légumes et la longue plage nous ont donné un avant-goût plaisant de cette ville de bord de mer.
Texte : EM
Photos : EM & P#
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1 minute au marché de Liepaja (vidéo)
Liepaja, le 4 août
La Lettonie est réputée pour ses marchés de fruits et de légumes. Le grand marché de Riga est le plus grand de tous les pays baltes. Celui de Liepaja, ville balnéaire sur la côte de la mer baltique est moins vaste mais tout aussi vivant. On y trouve de tout : des cannes à pêche aux groseilles à maquereau en passant par les CD pirates, les sous-vêtements made in China, les bijoux d’ambre, les vêtements en lin et les shampoings...
Dans le bâtiment des Halles, alors que les vendeurs de produits frais proposent les traditionnels fromages lettons, de nombreuses variétés de pains noirs, du salami de porc et des saucisses russes, je pose mon appareil...
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Vidéo : P#
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Andrejsala : nouveau centre culturel de Riga
Riga, le 5 août
Pour une poignée de curieux et de jeunes underground, Andrejsala représente L’Evènement du moment à Riga. Pour tous les autres, Andrejsala n’est rien d’autre que le large port de marchandises et le quartier des ambassades situés à l’extrémité de la vieille ville, à l’ouest du quartier chic des ambassades. Mais les curieux ont raison ; depuis avril, c’est à Andrejsala que l’on trouve l’unique « friche artistique » de Riga.
Trouver le coin des artistes à Andrejsala est une épreuve de force, sauf les soirs de performance où il suffit alors de suivre la petite foule de jeunes tendances et underground qui s’oriente, à pied ou à vélo, bouteille de bière à la main, vers le port.
Après avoir passé un portail en grillage abîmé juste à côté d’un luxueux Yacht Club, on pénètre dans le quartier artistique d’Andrejsala. C’est là, sur plusieurs centaines de mètres carrés, qu’une dizaine d’entrepôts ont été réhabilités en site de création pour plasticiens. A quelques mètres de l’entrée, le Dirty Deal Café ne peut passer inaperçu. Accolé à un immense hangar nettoyé, un large préau industriel abrite des tables et des canapés bigarrés qui attendent les rares clients venus découvrir l’espace créatif. Plus loin, aux abords d’une large esplanade vide, le Musée d’art naïf, unique structure officielle du site, surprend par la simplicité de ses poutres et la grossièreté du mode d’exposition. Les peintures et les sculptures sont simples et éloquentes, à l’image de toute la zone récupérée par les artistes. Quelques mètres derrière, dans une petite maison artistiquement restaurée, Linas a ouvert un hôtel. Tout le monde peut venir loger dans les vastes chambres communes stylées du rez-de-chaussée alors que les chambres à l’étage sont réservées aux artistes étrangers en résidence et aux artistes lettons. Dans les alentours, quelques longs bâtiments ont été réhabilités. On y trouve entre autres une salle d’exposition et une salle d’évènements (concert, projection, discothèque) et on y promet un Laboratoire des arts de la scène.
L’histoire de ce centre artistique underground commence il y a quelques mois. Avant que le projet officiel de réhabilitation du quartier ne commence, certains acteurs culturels de la ville ont décidé de concéder une partie des anciens entrepôts désaffectés du port à certains artistes sélectionnés. En effet, d’ici deux années, la ville de Riga s’est engagée à construire une large salle de concert et un Musée d’art contemporain sur le site de la centrale électrique hors d’usage. Le concept est simple : laisser carte blanche à la jeune génération créatrice de Riga pour faire vivre ces entrepôts une dernière fois avant que l’ensemble ne devienne LE quartier culturel de la capitale. Dès le début, l’idée fait l’unanimité. L’opportunité d’une telle action demeurait jusqu’alors inimaginable pour les Lettons. Après un concours, l’Institut d’Art Contemporain obtient une parcelle, ainsi que la New Riga Developpement Agency. Le propriétaire de deux discothèques réputées du centre ville quant à lui prend en charge un hangar où très vite s’organisent concerts et expositions. La majorité des organisations et des associations présentes à Andrejsala sont à but non lucratif, seuls la salle d’évènements et l’hôtel sont des entreprises commerciales. Chaque structure est indépendante l’une de l’autre, et bien que pour le moment la collaboration demeure assez mince, chacun a le sentiment « qu’il se passe quelque chose ici ». Tous, artistes, responsables d’évènements artistiques ou encore responsables d’institutions culturelles investissent les lieux et profitent de cette chance exceptionnelle sans trop se poser de questions. Par exemple, personne ne semble savoir qui est le propriétaire des lieux. Il est impossible de savoir qui se cache derrière l’ensemble. Selon les uns, il s’agirait d’un mystérieux homme d’affaire russe un peu mafieux, selon d’autres ce serait simplement la ville de Riga qui, par ailleurs, gère aussi le Musée d’art naïf. Quoi qu’il en soit, nul ne cherche à en savoir davantage ; après tout on s’en fiche, l’essentiel étant la création artistique.
Que ce soit aux abords de l’hôtel ou du café, l’endroit est calme et propre. Au détour d’une porte, on découvre des œuvres d’art, parties intégrantes d’un mur ou d’une fenêtre, comme ces visages photocopiés et collés sur les carreaux d’une vitre cassée. Dans un coin, un vieil insigne « Oktiabre » de la révolution soviétique traîne entre une étagère de vestiaire et une bombe de peinture. Les canapés du Dirty Deal Café ont été récupérés on ne sait où et recouverts d’un tulle rose ou d’une couverture turquoise. A Andrejsala, on récupère tout, rien n’est neuf, sauf les extincteurs obligatoires des lieux publics. Le café est encore vide mais une serveuse et le gérant s’activent pour ce soir. Dans quelques heures, le public du festival de courts-métrages FutureShort qui se tiendra dans la salle d’évènements arrivera. Bien que l’endroit soit encore désert, quelqu’un a pensé à installer des petites fleurs fraîches dans des verres en plastique coloré.

Le soleil commence à descendre. Face au port, la friche d’Andrejsala est baignée par une douce couleur orangée. Les gens commencent à affluer pour la soirée de courts-métrages internationaux. Certains poussent leurs vélos, d’autres ouvrent déjà les bières apportées pour la nuit. Tout le monde est stylé, un chapeau blanc par ici, un t-shirt customisé là, des lunettes fumées un peu partout, des jupes taillées à la main, des jeans retouchés par soi-même,.... Les jeunes assument leurs accoutrements, sans être prétentieux ni tape à l’œil. Personne ne se dévisage ni s’observe. On respecte l’autre tout en l’ignorant. Derrière, dans un long hagard sans prétention, la soirée FutureShort se prépare. Dans la grande salle blanche, sous un plafond de miroirs penchés et fixés à même le ciment, le parquet sale du sol a été recouvert de chaises métalliques noires, alors qu’un écran de basse qualité recouvre un mur. Un bar offre des bières à un prix décent. La foule bigarrée s’installe ; on devine que la majorité appartient au milieu de l’art contemporain, étudiants, cinéastes amateurs, curieux ou artistes. Bien que les flyers et les publicités aient été diffusés partout dans Riga, le public demeure encore underground. Les courts-métrages sont projetés parmi une audience réceptive et joyeuse. Certains sont bons, d’autres moins. A l’entracte, une lourde et ancienne voiture estampillée Red Bull permet à un DJ de mixer des tubes commerciaux depuis des platines installées dans le coffre. Etonnement, la soirée, tout en étant encadrée et structurée, laisse une grande place à la création. Dans un hangar adjacent, deux jeunes hommes mixent des vinyles qu’ils vendent pour une bouchée de pain.
On quitte Andrejsala alors que la soirée se prolonge. Devant le café industriel, un feu de bois a été allumé dans un vieux bidon de ferraille. Les jeunes, avachis dans les canapés, parlent en fumant des cigarettes et du shit, et boivent du vin à même le goulot. On comprend qu’Andrejsala soit une impulsion extraordinaire pour Riga. Mais ce lieu ne pourra vivre, a priori, que deux ans. Il faut en profiter au maximum et chacun le sait. On pourrait cependant regretter qu’il n’y ait pas plus de personnes qui se soient appropriées le lieu. Lorsque l’on voit l’espace disponible, on devine que tout est possible ici, même avec peu de moyens. On s’assoit sur un canapé du Dirty Deal Café, on ferme les yeux et on se laisse aller à rêver à des sculptures imposantes, des installations vidéo et sonores, des performances théâtrales en plein air, de l’improvisation musicale, des arts du cirque... On aimerait pouvoir voyager dans le temps et imaginer ce que sera devenu Andrejsala dans quelques mois. En attendant, il faut être patient et profiter du début de cette belle et immense aventure.

Reportage : EM & P#
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