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Carnet de route - Moldavie



-  
Passage de la frontière
-  Réalités moldaves
-  La fête du vin moldave (vidéo)
-  Les cigales moldaves
-  Les monastères d’Orhei et Tipova et le calme des campagnes moldaves
-  Le Marché de Chisinau (vidéo)



Passage de la frontière

Lviv - Chisinau, le 1er octobre


La frontière entre l’Ukraine et la Moldavie fut quasiment inexistante. A plus de 4 heures du matin, alors que nous rejoignions Chisinau en bus depuis Lviv, le chauffeur s’est arrêté à la frontière. Tout a été très simple : un couple de douaniers ukrainiens dont on ne voyait que les casquettes hautes, larges et d’une couleur indéfinie entre le vert sapin et le vert bouteille, nous ont embarqué nos passeports. Quelques longues minutes plus tard, un douanier moldave est venu les redéposer au co-chauffeur qui nous les a distribués en appelant chaque passager du bus par son prénom et nom comme à l’école.
C’était la dernière frontière de notre voyage, dommage qu’elle fut si aisée...



Texte : EM
Photo : P#



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Réalités moldaves

Chisinau, le 2 octobre


La petite Moldavie est vraiment différente de tout ce que nous avons pu voir jusqu’à présent. Ce territoire coincé entre la Roumanie et l’Ukraine, bien que connu pour son vin, nous a souvent paru méprisé par les anciennes républiques de l’URSS. Combien de fois avons-nous entendu parler de cette terre « de paysans  » sur un ton d’humour et de mépris ? Mais, et ce même si l’agriculture compose la principale richesse du pays, la Moldavie n’est pas que ça. Nous ne sommes arrivés qu’hier, et pourtant nous avons immédiatement ressenti auprès des Moldaves un enthousiasme et une exubérance plus latine que slave. D’ailleurs, devant le Musée national d’histoire du centre de Chisinau, une sculpture de Romulus et Remus symbolise l’ascendance latine des Moldaves. Très proche de la langue roumaine*, le moldave est une langue chantante à sonorité latine ; l’avenue du 31 août 1989, une des avenues les plus animées de la capitale, commémore la date à laquelle la langue retrouva l’alphabet latin après plus de 60 ans d’alphabet cyrillique imposé. Alors que nous ne nous y attendions pas, les Moldaves sont aussi très francophones. Ainsi, depuis hier, plus de sept personnes nous ont interpellés, en français, dans le bus, dans la rue ou dans des magasins pour nous proposer chaleureusement de l’aide. Hier, dans l’autobuzul, appellation moldave des machrutkas, qui nous ramenait dans le quartier de Riscani où nous avons dégotté un petit appartement bon marché, il nous est arrivé une anecdote assez amusante. Alors que mon voisin roumain proposait de nous aider à trouver notre arrêt, le voisin de Patricio a lui aussi entrepris de nous assister. Avant de descendre, notre nouvel ami roumain a précisé au chauffeur de s’arrêter à Mosckovoe « pour les deux Français  ». Tous les passagers ont entendu et ont alors décidé, dans un élan de convivialité étonnante, de nous soutenir et nous informer de choses incompréhensibles mais sûrement essentielles à leurs yeux. En moins de dix minutes, les quinze passagers de notre autobuzul étaient au courant de notre présence, de notre arrêt et de notre adresse.

Mais tout n’est pas si joyeux en Moldavie. Le pays et l’économie moldave sont encore fortement pénalisés par le conflit larvé qui perdure avec le territoire de la Transnistrie**. Nous avons partagé un café avec Alexandre, étudiant de Chisinau né à Bendery, ville où s’est déroulée la plupart des conflits lors de la guerre civile de 1992. Réfugiée pendant les cinq mois de la guerre, la famille d’Alexandre s’est réinstallée à Bendery après la fin du conflit. Mais la vie est restée dure là-bas. Alors, lorsqu’Alexandre fut en âge de faire des études supérieures, ses parents et sa sœur n’ont pas hésité à venir s’installer à Chisinau. Aujourd’hui, Sacha, diminutif russe d’Alexandre, rentre parfois dans sa ville natale, mais ne supporte pas d’y rester plus de quelques jours, « là-bas, l’atmosphère est lourde. Tout est contrôlé, corrompu et il y règne encore les grandes traditions communistes. Tout est en cyrillique et de couleurs verte et rouge comme sous l’Union Soviétique.  » Face à cette politique d’étouffement et de contrainte, Sacha n’a même pas envie de se battre. Comme tous les Moldaves de Transnistrie, souvent en désaccord avec le gouvernement pro-russe de la région, il n’imagine pas pouvoir organiser quoique ce soit, «  la moindre association et la moindre réunion à plusieurs sont interdites. Souvent, lorsque je passe la frontière, les douaniers me posent beaucoup de questions sur mes activités à Chisinau, mes études, mes amis... ils cherchent la petite bête !  » Mais Alexandre n’est pas le seul à en parler. Tout Moldave qui vous parlera de son pays, vous parlera du vin moldave et de la Transnistrie, car cette guerre touche et attriste toutes les familles.
S’ajoutent à cette guerre civile étouffante, la pauvreté et la faible économie qui font de la Moldavie le pays le plus pauvre d’Europe. Sur le boulevard central de la capitale Stefan cel Mare, on croise un mendiant tous les dix mètres ou une vieille femme qui vend quinze rouges à lèvres, vingt paires de chaussettes ou du nougat de graines de tournesol. Le peuple moldave est un des derniers peuple au monde à avoir encore un faible accès aux besoins primaires (logement et alimentation selon la pyramide de Maslow) et une grande partie des jeunes sont contraints de partir en Italie, en Roumanie, en Espagne ou encore en France pour gagner leur vie avec un boulot au noir. Un tiers de la population active serait aujourd’hui à l’étranger, et cela se ressent dans la rue : on croise beaucoup d’enfants, d’adolescents et de plus de 50 ans, mais il est rare d’y croiser de jeunes adultes.


* Bien que le roumain et le moldave soient quasiment similaires, les nationalistes moldaves soutiennent qu’il existe une langue moldave. ** La République de Transnistrie moldave, ou Transnistrie, est une entité politique qui contrôle une bande territoriale de 4 163 km2, entre le fleuve Dniestr et l’Ukraine. Suite à l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, le territoire de Transnistrie fit sécession de la Moldavie et déclara son indépendance à la suite d’un conflit armé. Les tentatives de réincorporation de la Transnistrie dans la Moldavie dans les années 1990 ont échoué, suite, entres autres, à l’interposition de la 14e armée (russe) Après la victoire des sécessionnistes russes et ukrainiens, majoritaires à environ 60 % dans ce territoire et largement aidés par l’armée russe, il existe aujourd’hui un statuo quo entre les deux territoires. Bien que non reconnue internationalement, la Transnistrie possède depuis quelques années une indépendance de fait. Elle s’est dotée d’une constitution, d’un président, d’un gouvernement, d’un Parlement, d’une armée spécifique et d’un système de douanes autonomes. La Transnistrie a un régime "présidentiel", de style autoritaire et le président Boris Smirnov ne laisse à aucune opposition sérieuse la possibilité d’exister.



Texte et photos : EM



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La fête du vin moldave (vidéo)

Chisinau, le 8 octobre


Ce week-end, comme tous les premiers week-ends d’octobre, la fête du vin occupe toute la capitale moldave.

La place centrale est envahie par les maisons de vin nationales qui proposent dégustation et découverte de leurs crus dans des cahutes de bois, de pailles ou de fausses pierres. Une grande scène propose toute la journée des concerts et des danses traditionnelles à sonorité tantôt slave, tantôt tzigane, tantôt balkanique. Quelques tubes populaires internationaux sont aussi diffusés de temps à autre. Suspendus en l’air, des grappes de raisins de ballons de baudruche et des cigognes en cartons dominent la place devenue piétonne. Cette fête est une des fêtes les plus importantes de ce petit pays coincé entre l’Ukraine et la Roumanie, car, comme le disent souvent les Moldaves, leur pays n’a qu’une richesse : les vignes. Et c’est vrai, avec plus de 170 entreprises, et en comptant les emplois qu’entraînent les vendanges, la mise en bouteille, la vinification et la vente, le secteur vinicole est un des secteurs les plus actifs du pays.
La rue Stefan cel Mer et les alentours sont encombrés d’une foule nombreuse. Aux dégustations gratuites, les pauvres assoiffés à tendance alcoolique côtoient les businessmen en cravates et les étudiants profiteurs. Expérience ethnographique plus que moment agréable, cette fête nous donne plus l’impression d’être la fête de la beuverie que la fête du vin.

Alors que l’animateur de l’estrade annonce les résultats de la tombola, je pose mon appareil...


Cliquez ici pour visualiser la vidéo.


Texte et photos : EM
Vidéo : P#



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Les cigales moldaves

Chisinau, le 8 octobre


Les Moldaves sont ambigus comme des cigales. D’un côté ils aiment faire la fête, la fête du vin n’en est qu’un exemple parmi d’autres. De l’autre, comme nous le disait Irina, une jeune étudiante en traduction, ils sont résignés. Rêvant d’aller à Québec poursuivre ses études, cette jeune fille pense « ne pas pouvoir avoir un travail intéressant en Moldavie ». Pourtant comme tous les Moldaves rencontrés, elle aime son pays. Mais, triste, elle nous avoue « ne pas voir d’avenir ici. Personne ne s’implique pour faire évoluer les choses dans notre pays, les gens sont désabusés. Alors, je préfère me résigner et partir ailleurs pour faire ce que je veux ». On réentend encore une fois ce que sous-entendaient Andreï et Roman. Le businessman du vin et le rocker de Zdob si Zdub ressentaient eux aussi, malgré leur réussite sociale, la difficulté de faire évoluer leurs pays et le poids qui pèse sur la Moldavie. Contrairement à d’autres peuples dans le besoin que nous avons pu découvrir, comme les Tadjiks, les Moldaves se comparent à leurs voisins Ukrainiens et Roumains et les envient. Mais la réussite de leur nation leur semble impossible. Entre le complot russe et la guerre de Transnistrie, la Moldavie semble vouée à l’échec aux yeux de nombreux Moldaves.

Pourtant, ce complexe et cette dépression quasi nationale ne les empêchent pas de vivre. Comme nous le racontait avec humour Pétru, un intellectuel moldave thésard à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales (EHESS) croisé dans un bar, « les Moldaves sont des cigales. Ils font la fête, ils boivent et ils dansent, et après ils pleurent qu’ils n’ont rien à manger. » Un jeune comédien, Ghéna, membre de la troupe du théâtre national et comédien auprès du réputé metteur en scène Mikail Fuzu, survit avec 120€ par mois. Légèrement inquiet, il nous confiait après sa remarquable prestation dans la pièce Histoires de familleau Théâtre National, qu’il avait peur du lendemain mais qu’il n’avait aucune alternative. A ses yeux, le peuple moldave est « un peuple joyeux mais toujours ankylosé. » Selon Ghéna, un bon proverbe représente la mentalité moldave, « on dit : Quand le village brûle, la vieille femme se coiffe. Cela veut dire que même lorsqu’il y a des problèmes aussi graves qu’un incendie, on continue à penser à la fête. »



Texte et photo : EM



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Les monastères d’Orhei et Tipova et le calme des campagnes moldaves

Orhei - Tipova, le 9 octobre


Enfin, après une semaine à Chisinau, nous abandonnons les rues goudronnées de la capitale pour la campagne. Changement radical de décor et première expédition rurale en direction des monastères d’Orheiul Vechi et Tipova.

A peine quittons-nous Chisinau que nous sommes plongés dans une campagne pauvre. Les paysages sont assez plats, les maïs et les tournesols brûlés et les routes quasiment vides. Aux croisements, de belles croix peintes représentent le Christ crucifié entouré de scènes bibliques. Les arbres et les champs se sont parés de ces couleurs si riches et si variées de l’automne. Les vignes dorées et orangées brillent et lancent un air de gaieté dans ces paysages si monotones.
Le monastère d’Orheiul Vechi n’est qu’à une petite cinquantaine de kilomètres de Chisinau, il faut prévoir plus de 2 heures pour y parvenir. Après avoir rejoint la ville principale d’Orhei, un gentil taximan accepte pour une somme intéressante de nous conduire au monastère troglodyte et de nous attendre une longue heure sur place. Avant de rejoindre le lieu saint, notre jeune chauffeur fait un petit détour par un garagiste et nous précise qu’il souhaite se procurer des bandes autocollantes et des tags design pour sa voiture afin qu’il puisse « travailler pendant que [nous] visiterons ». Heureux de son affaire, notre chauffeur nous emmène à une vitesse folle au monastère perché sur une crête des bords du Dniepr. En quelques secondes, nous revivons ce que nous avons vécu tant de fois dans le Caucase et en Asie Centrale : la chaleur du voyage en Lada que nous avions oublié avec les trains et les bus depuis la Russie. L’autoradio diffuse des tubes de dance de mauvaise qualité dans une langue incompréhensible, et notre sympathique chauffeur utilise la bonne vieille méthode d’économie du point mort et du moteur coupé pour descendre les côtes. Les voitures sont rares, nous ne croisons que quelques charrettes de paysans et une Lada rouge remplie de raisin noir, en panne. Sur son toit, les paniers des vendangeurs ont achevé leur saison.

Le sanctuaire d’Orheiu est éblouissant. Au fond de la grotte profonde, le vieux moine Efimii accueille les fidèles. Ayant choisi de vivre seul ici depuis trois années, les femmes du village voisin lui apportent sa nourriture. Dans un recoin de l’église souterraine priante, il dort sur une paillasse de couvertures à même la pierre. Une porte de bois mène à une terrasse naturelle au dessus du vide. Dans les interstices de la pierre, les croyants glissent des pièces de petite monnaies en espérant que leurs prières se réalisent. Frère Efimii nous confie qu’il restera ici jusqu’à sa mort et espère qu’après son départ pour le ciel, un jeune frère viendra garder à sa suite le lieu saint.

Emus de cette visite, nous revenons à Orhei. Le monastère de Tipova nous attend mais y aller n’est pas une mince affaire. Après avoir eu le temps d’avaler un morceau de poulet et deux tomates, nous sautons dans un bus qui nous dépose, quelques kilomètres plus loin, à un embranchement désert. Il nous reste plus de 16 bornes à parcourir et l’unique solution est l’autostop. Une voiture s’arrête et Fédéa nous installe à l’arrière. Trop heureux de rencontrer des Français, il fait un détour et nous dépose à l’entrée du monastère ; l’occasion pour lui d’y faire un don et une prière. Après un court détour par l’église principale et après s’être présentés au père du monastère, nous renonçons à la descente aux grottes. Le chemin est plus long que ce que nous pensions et la nuit risque de ne pas tarder. Les voitures sur la route de pierre qui nous sépare de l’embranchement des bus sont rares. Mieux vaut mettre le temps de notre côté si l’on doit parcourir à pied les 16 kilomètres de chemin de terre et de pierre. Nous quittons donc le monastère de Tipova et traversons le village pour découvrir la réalité des campagnes. Des années séparent la capitale des campagnes. A part quelques rares Lada et un vieux side-car, aucun moyen de transport motorisé n’existe. La nuit est proche. Les femmes vont puiser de l’eau au puit alors que des hommes rentrent des champs sur des charrettes de fortune et que d’autres ramènent leurs chevaux par la bride. La vie semble rude mais douce. A la sortie du village, une bande de garçons tapent dans un ballon sur un large terrain encadré de buts de bâtons de bois. Nous aimerions nous arrêter et passer une nuit ici, au cœur du quotidien moldave. Mais Chisinau nous attend et la route est encore longue. Nous accélérons le pas et reprenons la route de l’aller, encadrée de noyers décharnés.



Texte et photos : EM



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Le Marché de Chisinau (vidéo)


Chisinau, le 10 octobre


D’un côté de Chisinau, aux alentours de la gare routière régionale, l’immense marché de Chisinau s’étend sur plusieurs centaines de mètres carrés. Un peu plus loin, de l’autre côté de la ville, le centre commercial Sun City présente plus ou moins les mêmes produits que l’on pourrait trouver au marché dans un cadre plus chic et pour beaucoup plus cher. Comme nous le confiait un ami, « à Sun City, les jeunes viennent se promener, pour acheter on va au marché central. On trouve tout pareil, mais moins cher. » Et c’est vrai. Connu et réputé dans tout le pays, le large marché de Chisinau rappelle, grâce à son activité débordante, les marchés orientaux du Maroc ou de Turquie. Les vendeurs de CD et de cassettes diffusent de la musique, les porteurs tirent et portent des chariots remplis de victuailles, les femmes cherchent l’affaire et les plus vieux viennent tenter d’arrondir leur fin de mois en vendant chaussettes, lacets, pochettes pour protéger les passeports ou encore châles et chaussons faits main. Les étales et les kiosques de fruits, de lessives ou de cafés lyophilisés débordent de choix. Les vendeurs empilent les produits pour en étaler le plus et attirer l’œil du client grâce à un choix surprenant. Parfois l’agencement est étonnant, on peut par exemple trouver sur un seul et même stand du papier toilette et des ampoules ou du sucre...
On trouve vraiment de tout sur ce marché de Chisinau : des vêtements, des fruits, des allumettes, des soutiens-gorge, du poisson séché, des beignets de choux ou encore de la nourriture pour chat.

Alors qu’une foule importante entre sans interruption par la porte principale, je pose mon appareil...


Cliquez ici pour visualiser la vidéo.


Texte et photos : EM
Vidéo : P#



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